
photo: Pierre Dury
Louis-José Houde: Et jusqu'à la fin la beauté.
22-10-2026

Que d’actualité en ce 21 octobre 2026.
En ce qui me concerne, j’ai commencé cette journée mémorable à l’inauguration officielle de l’Espace Riopelle à Québec, et je l’ai terminée à la première médiatique du nouveau spectacle de Louis-José Houde au Théâtre Maisonneuve de la Place des arts à Montréal.
Je n’aurais pas voulu manquer ça pour tout l’or du monde.
Depuis 2003, cet humoriste ne m’a jamais déçu. Pour moi il fait partie d’une catégorie à part, et je réponds toujours présent lorsqu’il a un nouveau spectacle à présenter.
Aussi je suis très heureux d’avoir été invité à cette première par Louis-José Houde lui-même.
En fait, il a mis son grain de sel dans l’envoi des invitations par son agence de presse Roy & Turner.
(Voyez sa facétie dans la capture d’écran du courriel que j’ai reçu)
Il se trouve que nous avions déjà nos billets pour cette date, gracieuseté de fiston pour l’anniversaire de ses parents.
Vraiment un beau cadeau d’aller voir ce show en famille, car nous partageons tous (le papa, la maman, fiston et sa blonde) un grand amour pour cet artiste.
Tout me plaît chez ce garçon, y compris, et ce n’est pas anodin, les titres qu’il donne à ses spectacles, des titres qui font fi du marketing de masse pour plutôt cultiver le mystère ….avec poésie.
Après les délicieux Les heures verticales (emprunté à Louis-Ferdinand Céline), Préfère novembre, Mille mauvais choix, voici Et jusqu’à la fin la beauté., avec une photo de sa maman Angèle qui déploie ses ailes sur l’affiche.
Pourquoi donc?
Parce que l’humoriste fait porter l’essentiel de son spectacle sur les dernières années de la vie de cette femme qu’il l’a mis au monde deux fois.
La deuxième étant la fois où elle a collé un post-it dans son agenda, à son insu, sur lequel elle avait écrit le numéro de téléphone de l’École nationale de l’humour. N’eut été de cette petite poussée maternelle, pas sûr qu’on aurait été là hier soir, de nouveau suspendu aux lèvres de son fils.
Encore une fois, Louis-José puise dans l’intime pour nous parle cette fois-ci de l’inéluctable fin de parcours par lequel nous passerons tous à un moment plus ou moins rapproché.
Dans le cas de sa mère, femme de tête, érudite et esthète, ça s’est terminé avec la brume et le chaos mental qui viennent avec la maladie d’Alzheimer.
Fiez-vous à Louis-José pour que ce ne soit pas plate, ni sinistre…et toujours drôle.
Il a écrit 300 pages de texte pour ce spectacle, qu’il a réduit à 80. Tout un défi de mémorisation pour un gars qui doit parler des conséquences sur sa vie des pertes de mémoire de sa mère diagnostiquée Alzheimer en 2018.
À 43 ans, alors qu’il est une des vedettes les plus populaires du Québec, Houde se retrouve à la fois nouvellement parent, et proche aidant.
C’est hilarant comment il nous présente son défi de tenir des mains, de gérer simultanément poussette et marchette, de changer les couches de ses bébés et celles de leur mémé.
Il n’est évidemment pas le seul à être pris en sandwich entre enfants et parents. Cela donne donc une portée universelle à son propos, mais dans son cas, son immense célébrité vient considérablement compliquer tout geste qu’il a à poser. On le reconnaît à chaque détour. Tellement qu’il nous avoue par moments n’en pouvoir plus. Il s’ingénie donc à nous démontrer comment il gère son impatience dans son univers mentalement surchargé.
Imaginez-le, par exemple, au lendemain d’un Gala de l’ADISQ (que des milliers de téléspectateurs le regardent animer), arriver en retard et barbouillé à un rendez-vous obtenu de longue date à la Clinique interdisciplinaire de mémoire (CIME) de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus où il devait être l’accompagnateur de sa mère!
Hilarant pour nous. Désolant pour lui. Heureusement, faire rire est sa soupape.
Avec son style suave, il nous fait le récit de tous ces épisodes qui pourraient bien être dramatiques s’il ne prenait pas le parti d’en rire.
Il tourne en comédie de situation plein d’épisodes qu’il a traversés comme proche aidant, du premier déménagement de ma maman en RPA en mars 2020 (oui oui en pleine pandémie) jusqu’au dernier souffle de sa mère en juin dernier. ‘’Dans la nuit du 5 au 11 juin!’’ dit-il en boutade pour désamorcer l’émotion qu’il a fait monter en racontant les multiples derniers au revoir qu’il a fait à sa maman d’amour qui ne voulait pas mourir.
Au-delà de l’habituelle artillerie qu’il déploie pour nous faire rire (effets de voix, gestuelle, formules imagées, son habilité à nous surprendre), Louis-José Houde est un formidable observateur qui, aussi bien que les meilleurs commentateurs et sociologues de l’heure, parvient à radiographier notre époque avec une lucidité renversante.
On ne pourra pas dire qu’il ne nous a pas dit que notre système marche tout croche et nous dirige pas dans la bonne direction.
Ce qui m’avait frappé au premier spectacle de Louis-José Houde en 2003, outre la singularité du personnage, c’était sa manière d’habiter la scène. Chaque geste, chaque intonation, chaque silence était pensé.
Le metteur en scène Joseph Saint-Gelais n’est plus là pour veiller à la perfection de cette partition, mais Justin Laramée a très bien pris le relais.
Le spectacle Et jusqu’à la fin la beauté. est d’une redoutable efficacité lui aussi, encore une fois.
Merci Angèle d’avoir mis au monde ce petit trésor qui approche les 50 ans avec plus de fond que jamais.








