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Le fils de Jean-Louis Murat écrit un livre sur son père: Le roman de Murat
03-04-2026

Il y aura bientôt trois ans qu’il s’est tu. Le 25 mai 2023 l’auteur-compositeur-interprète français Jean-Louis Murat nous quittait, le même jour que le grand incendie du Monastère du Bon Pasteur. Deux grandes peines en 24 heures, on n’oublie pas ça.

Alors qu’on attend toujours la reconstruction de l’édifice de la rue Sherbrooke, le chanteur a déjà droit à une biographie posthume.

Son fils aîné vient de faire paraître Le roman de Murat, publié chez Albin Michel.

C’était ma lecture de chevet depuis des semaines. Étant un fan de l’artiste, j’ai lu cette biographie lentement, l’accompagnant d’écoutes de disques que je connaissais moins ou pas, et appréciant toutes les étapes de cette vie menée tambour battant, racontée sur le même tempo.

L’auteur commence son récit avec sa naissance.

Yann Bergheaud (Bergeaud est le véritable patronyme de Murat) naît le 24 octobre 1971 à Clermont-Ferrand, chef-lieu du département du Puy-de-Dôme, pays de montagnes de ses parents, Jean-Louis et Michelle, ses grands-parents, et ses arrière-grands-parents.

Ses géniteurs n’ont pas vingt ans quand fiston voit le jour. Pour le papa, la musique est déjà une obsession. Il est fasciné par Crosby, Stills, Nash, une formation américaine pimentée d’un Canadien, Neil Young.

Ces détails préfigurent l’ADN de l’artiste: Jean-Louis Murat est Français (il chante dans la langue de Rimbaud), campagnard (il habite toute sa vie dans le pays auvergnat), et imbibé de culture anglo-saxonne (Neil Young, déjà nommé, Leonard Cohen, Bob Dylan, sont des références éternelles ).

Quand il décide de monter un groupe (Clara), pas question de faire faussement amerloque comme Johnny, les influences sont Stones, Velvet Underground, Patti Smith, and co.

Clara clashe, mais peine à sortir du patelin. Il faut dire que la France ne manque pas de relève en ce début des années 1980. Il y a déjà Bashung, Les Rita Mitsouko, Téléphone, Richard Gotainer, et bientôt Mylène Farmer (qui sera importante dans la découvrabilité de Murat).

Assez rapidement, Jean-Louis abandonne son groupe , et son nom de famille, Bergheaud, qui signifie berger. C’est une condition pour pouvoir s’essayer en solo alors qu’il aborde déjà la trentaine.

Il choisit alors de s’appeler Murat, un nom emprunté au village de la famille de sa mère, Murat-le-Quaire, où cette dernière sera inhumée en mai 2023, quelques jours avant la mort de son fils Jean-Louis.

Yann Bergheaud est un bon guide pour nous faire visiter l’œuvre de Jean-Louis Murat.

Dès l’enfance, le père abreuve le fils de toutes sortes de musique, y compris les siennes, et lui demande son avis.

Pourquoi tu aimes! Pourquoi tu n’aimes pas?

À l’évidence, Yann Bergheaud a développé son jugement en matière de musique. Il connaît parfaitement celle de son père, et celle de ceux qui l’ont influencé. Je dirais d’ailleurs que ses analyses sont un peu trop savantes pour moi, d’autant que son livre est écrit dans un style très Inrockuptible, la bible du rock indépendant en France. Étonnant ce style un peu crinqué de la part d’un homme qui a gagné sa vie à enseigner le droit à l’Université Jean-Moulin Lyon 3.

Ceci étant dit, cet ouvrage est un incontournable pour découvrir comment se sont tramés les albums de ce prolifique pondeur.

Jean-Louis Murat a produit plus d’une vingtaine de disques originaux durant ses quelques quarante années de carrière. C’est un aux deux ans, généralement suivis d’une tournée.

Rarement vu un tel dynamo!

Et on ne soupçonne pas les efforts faits pour éviter de se répéter:

il change de personnel régulièrement, varie les instruments de prédilection, s’inspire de différents genres musicaux, enregistre à toutes sortes d’endroits.

Pour Dolorès (le disque par lequel j’entre dans l’univers Murat),

il travaille avec des machines et un compatriote auvergnat, l’extraordinaire Denis Clavaizolle.

Pour se bousculer et aller à la rencontre de ses influences, Mustango est enregistré avec des musiciens américains aux États-Unis.

Il aura sa période russe, italienne, rap, chanson française du XIXe siècle, etc.

Il a souvent recours à des voix de femmes pour s’harmoniser à la sienne. On retrouve notamment à ses côtés Carla Bruni (Moscou), Camille (Lilith), Morgane Imbeaud (Babel), Jennifer Charles (MustangoA Bird On A Poire), Cherie Oakley (Le Cours ordinaire des choses), Marie Audigier (Le manteau de pluie).

Le livre est bourré d’extraits d’entrevues que Murat a données à la presse, celle-ci:

 

‘’Chaque fois que j’écris une chanson, je pense à quelqu’un: une femme dans l’immense majorité des cas. Je suis complètement esclave du fait féminin.’’

Il a proposé un disque complet à Jeanne Moreau, qui ne s’est pas fait, s’est repris avec une autre actrice, Isabelle Huppert.

Il a aussi écrit des chansons pour Françoise Hardy, Isabelle Boulay, Mylène Farmer.

Pour lui, c’est aussi une façon de faire du pognon à investir sur ses propres enregistrements alors que ses compagnies de disques n’arrivent pas à financer son rythme de production compulsif. D’autant qu’il n’est pas un si gros vendeur (autour de 30 000 par disque, sauf les gros succès comme Dolorès qui dépasse les 100 000). Murat envie d’ailleurs les artistes anglo-saxons pour leurs succès mondiaux, si payants qu’ils procurent liberté et indépendance.

Une chanson écrite un jour pour Indochine l’a mis plus riche que plusieurs albums sortis à son nom!

Comment ne pas l'être, fiston est admiratif de son papa.

Je partage totalement son impression sur Dolorès mon disque préféré de Murat.

‘’Incroyable Dolorès, disque matriciel. Depuis, l’écriture de Murat n’a presque pas bougé. Elle a oscillé, il en a charpenté la syntaxe avec des mortaises grammaticales, des charnières de style, sa dureté dans l’art du mot précis, sa veine rythmique. Mais l’édifice n’a pas varié d’assises.’’

J’ajouterais que Jean-Louis Bergheaud a beau s’abreuver à toutes sortes d’influence, une fois qu’il les a fait siennes, c’est du Jean-Louis Murat pur jus.

Avec cette voix si particulière qui ne plaît pas à tous.

Le fils auteur est admiratif, mais pas complaisant pour autant.

Il ne manque pas de souligner à plusieurs reprises à quel point son paternel a eu l’art d’être son pire ennemi en étant entre autres un mauvais vendeur de sa musique dans les médias.

Son caractère paysan contre les élites de Paris et son jusqu’au-boutiste sur une grande gamme de sujets sociaux, économiques et culturels ont fait déraper nombre d’entrevues.

‘’…mon père a un défaut: il ne rechigne jamais à s’en prendre à la personne, dans un jugement cru et cassant….Il s’échine à se rattraper….mais [les gens] ne retiennent que son esprit acide et son caractère de cochon.’’

L’auteur, en bon rejeton formé en droit, donne l’occasion à l’accusé de se défendre:

‘’J’ai été élevé dans un milieu paysan où mentir est la pire chose qu’on puisse faire, plaide Jean-Louis Murat. On se tait ou on dit la vérité. On embobine pas les gens. Trafiquer les choses, c’est un truc de citadin.’’

J’avoue que pour l’avoir interviewé un jour, son temps à répondre, ou carrément ses silences, avaient quelque chose de déstabilisant.

J’aurais bien aimé avoir lu ce livre avant de rencontrer ce monument de la chanson, aussi fantasque que douteur.

Cet ouvrage ouvre tellement de pistes sur une œuvre aussi riche que colossale, et méconnue.

En tout cas, voilà une belle invitation à redescendre dans la mine de Murat pour ramener à la surface toutes les pépites qui s’y trouvent.

Pour vous aider à découvrir la musique de Murat, j’ai mis dans les légendes des photos une suggestion de chansons par album original qu’il a produit que je connais.

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