Leonard Cohen, comme s'il n'était qu'une chanson
13-07-2022

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Nous avons manqué l’arc-en-ciel hier soir, parce que nous avons passé 118 minutes en compagnie de Leonard Cohen au cinéma.

Pour remercier tous ceux qui ont participé à sa campagne d’obligations communautaires, le Cinéma du Parc offrait hier une projection privée de Hallelujah: Leonard Cohen, un voyage, un hymne, documentaire de Dan Geller et Dayna Goldfine.

Le film sort en salle le 15 juillet, notamment au Parc avec sous-titres français.

Ce film offre une rare incursion dans l’univers de cet immense poète, auteur, compositeur, interprète montréalais à la voix magnétique.

Avant de mourir, il avait donné son accord à ce projet et aussi accès à beaucoup de ses archives personnelles.

Inutile de dire que le film est riche visuellement. On le voit, jeune, dans la maison familiale à Westmount, au parc King George (où je prends régulièrement ma marche), en entrevue avec Adrienne Clarkson, dans sa chambre d’hôtel à New-York, en studio quand il enregistre la chanson Hallelujah, à Paris à l’époque où il partageait sa vie avec Dominique Issermann, en tournée au fil de sa carrière, notamment sa dernière avec des images d’une qualité remarquable captées dans toutes les grandes villes du monde où il est passé. La séquence à Tel Aviv où il promeut la paix entre Israéliens et Palestiniens est très émouvante.

Malgré ce retour passionnant et très bien illustré sur la carrière de Leonard Cohen, j’ai été agacé par l’angle des documentaristes qui ont bâti leur film autour de la chanson Hallelujah. On a comme l’impression que le documentaire n’aurait pas été fait si Hallelujah n’avait été rendu populaire par John Cale, Jeff Buckley et le film Shrek. On passe beaucoup de temps sur les nombreuses interprétations qui ont été faite de cette chanson, qu’on a parfois charcutée pour qu’elle puisse être utilisée au cinéma ou interprétée dans ces infâmes concours de chant télévisés où celui qui beugle le plus fort gagne.

J’admets qu’il y a beaucoup à dire sur cette chanson devenue hymne/prière. On voit tout le travail que Cohen y a mis, des dizaines de versions contenues dans une multitude de cahiers, précieusement conservés et qu’on voit pour la première fois à l’écran. On comprends parfaitement l’affront que son auteur a subi lorsque sa compagnie de disque a refusé de sortir le disque Various Positions sur lequel la chanson se trouvait, avec entre autres Dance Me to The End of Love. Parce que le patron de CBS ne trouvait pas ça bon!!!!! Cohen a dû longtemps se contenter de voir les autres avoir du succès avec son titre. Heureusement, l’homme est zen.

En accordant tant d’importance à ce tube devenu planétaire, et souvent dénaturé, j’ai trouvé qu’on passe à côté de choses importantes de la carrière de notre Leonard Cohen national.

J’ai été très déçu du peu d’importance qu’on donne aux origines montréalaises de l’artiste. Oh, on voit bien sa maison sur la rue Vallier dans le quartier portugais, mais sans plus. Vers la fin, j’y reviens, on le voit chanter Hallelujah sur plusieurs grandes scènes du monde, mais pas à Montréal. Je suis sans doute aussi chauvin que les Américains, ce manque de sensibilité des réalisateurs m’a énormément déçu.

Ceci étant dit, c’est quand même un ravissement de voir et réentendre cet artiste unique, d’en apprendre encore sur cet être énigmatique et complexe. Il ne faut donc pas bouder son plaisir.

Hallelujah!