
photo: Pierre Dury
Un simple accident de Jafar Panahi
06-01-2026

Vu: Un simple accident du réalisateur iranien Jafar Panahi, Palme d’or du dernier Festival de Cannes.
Ce film raconte la quête de Vahid pour déterminer si l’homme qui a demandé de l’aide à la porte de l’entreprise où il travaille est bien celui qui a été un jour son tortionnaire dans les geôles du régime iranien.
Il le kidnappe, et avant de le liquider pour assouvir sa vengeance contenue depuis des années, il veut avoir la certitude qu’il a à faire à la bonne personne, après tout, il ne l’a jamais vu pendant sa longue incarcération. Il avait toujours les yeux bandés devant son bourreau, dont il ne reconnaît que la voix, et le son de sa jambe artificielle.
L’histoire que Panahi a imaginée à partir de là prend des accents de thriller, de comédie (parfois)….et surtout de pamphlet politique contre le régime des mollahs.
Pour ne pas agir impunément, Vahid promène son otage dans sa camionnette, et fait le tour de personnes qui, comme lui, ont subi les sévices de ‘’jambe de bois’’.
S’en suit une variété de réactions par rapport au sort qu’on doit réserver à ce gardien de la révolution qui a stigmatisé leur vie.
Avouez que faire un film aussi décapant à l’égard du régime en place en Iran depuis 1979 est un exploit en soi.
Jafar Panahi a tourné sans autorisation, allant jusqu’à mettre en vedette deux femmes qui ne portent pas le voile. Sa charge est sans équivoque.
La Palme d’or à Cannes qu’il a reçu récompensait probablement plus le courage que les qualités cinématographiques, encore que ce film ne démérite pas à ce niveau.
On a ici à faire à un brûlot cinématographique.
Au début du mois de décembre, Jafar Panahi a été condamné par contumace pour « activités de propagande » contre l'État.
Il se trouvait aux États-Unis à faire la promotion de son film (qui représentera la France aux Oscars) au moment où les tribunaux iraniens l’ont condamné.
Ces jours-ci, l’Iran est en proie à d’importantes manifestations populaires contre la vie chère et le régime des mollahs.
Et imaginez, le peuple n’a même pas vu le film de Jafar Panahi!
Sur Instagram, le réalisateur a écrit:
« La douleur commune s'est muée en cri dans la rue. Depuis quatre jours, le peuple se tient debout, non pour se plaindre, mais pour réclamer le changement. Cette révolte est une volonté qui a décidé de persévérer, et de faire avancer l'histoire »
Dire que la dernière fois que j’ai parlé d’un film iranien (Mon gâteau préféré) c’était il y a six mois alors que le pays venait de subir des attaques d’Israël et des États-Unis.
Le peuple iranien mérite toute notre sympathie, surtout pas que Trump s’en mêle.



