Le documentaire Théâtre de la vie: quand la gastronomie se met au service des démunis.

24-12-16

En 2015, la ville de Milan en Italie accueillait l’exposition universelle. L’événement avait pour thème l’alimentation et ses multiples enjeux. Pour amener une touche très concrète aux problèmes de malnutrition et de gaspillage,  Massimo Bottura, chef de l’Osteria Francescana à Modène (meilleure table au monde en 2016), a eu l’idée de créer une ‘’soupe populaire’’ où les repas seraient préparés à partir des aliments récupérés des poubelles de l’exposition. Pour l’aider dans sa tâche, Bottura a fait appel à une soixantaine de chefs étoilés comme lui. Ils se sont relayés aux fourneaux du Refettorio Ambrosiano dans le quartier Greco de Milan entre mai et octobre, la durée d’Expo 2015.

 

Le réalisateur montréalais Peter Svatek a suivi l’expérience et son documentaire Théâtre de la vie, à l’affiche des cinémas Beaubien et du Parc, est fascinant. Svatek filme au plus près le défi qui se pose aux cuistots qui doivent inventer des plats en fonction des arrivages. Aubergines abîmées, pain sec, fraises poquées, les ingrédients ne manquent pas, mais les chefs doivent faire preuve d’inventivité pour tirer le maximum des fruits du gaspillage. On les voit, goûter et regoûter pour s’assurer que les saveurs soient bien rehaussées. À l’image, ça a l’air délicieux, et soyez avertis, ça donne faim.

 

Le défi des chefs conscrits par Bottura (Ducasse, Redzepi, Adrià, etc.) c’est de mettre du bonheur dans l’assiette de leurs clients, lesquels sont bien différents des riches et nantis qu’ils ont l’habitude de servir. En effet, la clientèle du Refettorio Ambrosiano est composée de démunis : chômeurs, handicapés, réfugiés, personnes âgées. Peter Svatek nous montre comment ces gens se battent avec la vie et comment les repas qu’ils partagent au réfectoire deviennent l’épiphanie de leur journée. On constate que Bottura a raison, la dignité commence souvent par ce qu’on a dans son assiette.

 

On comprend aussi que la contribution des chefs n’arrivera pas à changer la condition des clients du refettorio. Ils ne sont pas des travailleurs sociaux. Leur geste en est un de compassion. Comme spectateur, on ne peut faire autrement qu’être interpelé.

 

Le film qui sort sur nos écrans en pleine période des fêtes arrive à un bien bon moment. Le premier geste à faire serait d’aller le voir...pour se laisser inspirer.

 

PS: Ne manquez pas le générique, vous serez fiers de voir tous les Québécois qui ont contribué au film qui plus est, les crédits défilent sur une magnifique interprétation de la chanson Like a rolling stone de Bob Dylan par Patrick Watson et les Barr Brothers.