Dance me des BJM: danser dans la tête Leonard Cohen

6-12-17

Encore un hommage à Leonard Cohen. Cette fois d’un type jamais vu à ce jour alors que les mots du poète sont transposés en mouvement, dans un spectacle qui s’appuie sur une quinzaine de ses chansons. Trois chorégraphes (Andonis Foniadakis, Annabelle Lopez Ochoa, Ishan Rustem) rendent ainsi visible à l’œil ce que Cohen remue dans notre âme.

 

Quand Leonard Cohen redonne à sa ville

 

On doit l’idée à Louis Robitaille, directeur artistique des Ballets jazz de Montréal qui a réussi à convaincre Leonard Cohen que ses chansons servent de base à un spectacle de danse made in Montréal. Comme pour l’exposition Une brèche en toute chose du Musée d’art contemporain, Cohen a favorisé une institution de sa ville d’origine. Pour Dance Me, Les Ballets jazz de Montréal ont obtenu les droits exclusifs en danse jusqu’en 2022. BJM ne perdra pas de temps, après la première mondiale de mardi à la Place des arts, la compagnie enchaînera avec une tournée mondiale qui devrait utiliser chaque moment de ce privilège de pouvoir danser sur des chansons aussi mythiques que Suzanne, Famous Blue Rain Coat et

Dance Me to the End of Love.

 

Une voix, de la lumière, des gestes

 

Dance Me commence avec Here It Is du disque Ten New Songs.

C’est d’abord la voix qui nous saisit. Personne n’a le système de son du Théâtre Maisonneuve à la maison, ce qui procure une proximité hallucinante avec le chanteur disparu qui ne se démentira pas de la soirée.

Une autre qualité remarquable dès les premières minutes, c’est la lumière. Pendant une heure vingt, les chansons de Cohen baignent dans des éclairages magnifiques signés Cédric Delorme-Bouchard. Il y a dans son concept un lien avec la lueur de la bougie, l’ombre du doute, la clarté de l’esprit, autant d’intensités lumineuses qu’on retrouve dans la poésie de Cohen.

 

Côté danse, on est résolument dans le style ballet-jazz. En langage chorégraphique, les paroles des chansons deviennent des corps portés, projetés, harnachés, qui roulent au sol, qui s’entrelacent. Des jambes attrapées, des bras tendus qui battent l’air et se débattent encore. Ça court, tangue, se contorsionne, se fige.  L’univers de Cohen est un tourment. Les danseurs, ils sont 14 sur scène,  nous en font la démonstration de brillante manière. Mentionnons au passage Céline Cassone et Alexander Hille, fabuleux dans le duo Suzanne.

 

La touche d’Éric Jean et de Martin Léon

 

On l’a dit, trois chorégraphes ont contribué au spectacle. Difficile de départager les styles de chacun tellement la gestuelle se ressemble d’une pièce à l’autre.

 

Au moment où on commence à y voir de la répétition, le metteur en scène Éric Jean amène des ruptures de ton. Ça prend la forme d’un numéro plus humoristique, à la Pilobolus, sur Tower Of Song, presque disco sur le rythme très années 80 de First We Take Manhattan ou il fera l’économie d’une chorégraphie sur So Long, Marianne. La danseuse Kennedy Kraeling se contente alors d’interpréter d’une voix douce et fragile cet air qui nous chavire. Elle est accompagnée à la guitare par Martin Léon, l’alchimiste à qui on a fait appel pour lier les différents métaux précieux qu’on retrouve dans le répertoire de Cohen.

 

Éric Jean nous réserve une autre surprise avec Hallelujah. Cette fois c’est le danseur Jeremy Coachman, avec la voix de Kennedy Kraeling en écho, qui s’acquitte avec brio de la mission d’entonner cet hymne universel.

 

Cela achève en beauté cette soirée dont le point final est une image sur écran géant de l’homme au chapeau de feutre esquissant un pas de danse, en dehors de sa réserve légendaire.

 

Qui l’eût cru qu’un jour on pourrait danser dans la tête de Leonard Cohen. Il y a vraiment une brèche en toute chose chez Cohen…..et Montréal est vraiment l’endroit idéal pour y avoir accès. Dance Me est présenté jusqu’au 9 décembre à la Place des arts.

Photos © Thierry du Bois / Cosmos Image