
photo: Pierre Dury
Une bande dessinée sur le peintre Jean Dallaire
04-02-22

Avant Noël, ma collègue Claudia Larochelle vous suggérait la bande dessinée René Lévesque : quelque chose comme un grand homme de Marc Tessier. Le même auteur nous arrive en ce début d’année 2022 avec Un Paris pour Dallaire, une nouvelle bande dessinée, toute aussi passionnante, consacrée celle-là au peintre québécois Jean-Philippe Dallaire (1916-1965), un contemporain d’Alfred Pellan, Jean-Paul Lemieux, Picasso, Chagall, des légendes qu’il croisera au gré d’une vie de bohème menée à Montréal, Paris, Québec, Vence.
Ce projet d’album remonte au début des années 2000. L’auteur en explique la genèse dans sa préface insistant sur l’importance de trouver le bon dessinateur pour faire aboutir le portrait illustré d’un peintre tel que Dallaire.
Pour René Lévesque, Tessier a travaillé avec 13 artistes. Pour ce nouveau projet, il fait équipe avec Siris, un dessinateur d’expérience qui compte Dallaire parmi ses influences.
Nous sommes donc devant un album d’une grande richesse parce qu’en plus d’un scénario dense et bien documenté (sur 120 pages), on peut plonger, grâce aux images de Siris, dans l’univers de ce peintre extrêmement singulier.
La bande dessinée de Tessier et Siris retrace les différentes étapes d’une carrière qui commence comme autodidacte grâce à un talent naturel pour le dessin, passe par la peinture religieuse (époque oblige), s’enchaîne avec une formation stricte à l’École des beaux-arts de Montréal, et son rejet au contact du modernisme, du surréalisme, du cubisme, de l’art brut en vogue à Paris.
Bref, ce livre célèbre avec beaucoup d’enthousiasme l’esprit libre et original de ce créateur néanmoins torturé.
D’ailleurs, les auteurs ne gomment pas la vie de galère qu’a connue leur sujet. Sont évoquées : ses origines modestes à Hull, ses idées souvent noires, sa vie matrimoniale faite de hauts et de très bas, ses quatre ans de prison au stalag des détenus civils britanniques de St-Denis pendant l’occupation de Paris par les Allemands, son passage houleux à l’École des beaux-arts de Québec, sa santé mise à rude épreuve par ses excès d’alcool et de cigarette.
Le livre se termine à Vence en Provence où il réalise ses ultimes oeuvres avant de rendre son dernier souffle à 49 ans, laissant dans le deuil sa femme et ses deux enfants, Michel et François restés à Montréal. Les deux fils de Jean-Philippe Dallaire ont d’ailleurs été longuement interviewés pour cet ouvrage ce qui ajoute beaucoup de crédibilité à cette proposition.