
photo: Pierre Dury
Le film Mile End Kicks
21-04-2026

Vu Mile End Kicks.
J’ai fait un effort pour voir le film le plus près possible du Mile End.
Plutôt que d’aller au Cineplex Forum à côté de chez moi, je me suis rendu au Cinéma du Parc (3575, avenue du Parc) où on le projette avec des sous-titres français que j’ai trouvé très bienvenus.
De quoi il s’agit?
C’est un film canadien (soutenu par Téléfilm, la SODEC, CBC, etc) qui raconte l’histoire de Grace Pine, 22 ans (l’âge du joueur étoile du Canadien Juraj Slafkovský!).
Cette jeune fille de Toronto décide de quitter la maison familiale pour venir s’encanailler à Montréal le temps d’un été.
Nous sommes en 2011.
Montréal, plus précisément le Mile End, a alors la réputation d’être l’incubateur de la meilleure musique du moment.
En ce début des années 2010, la métropole québécoise est en effet le point de chute de nombreux musiciens qui aiment la vibe de cette ville idéale pour créer. Entre autres parce que les loyers ne sont pas chers.
Ce sera le cas de Grimes, Claire Boucher de son vrai nom, qui quitte Vancouver pour venir étudier à McGill et faire de la musique. Je me rappelle l’avoir rencontrée dans sa piaule (au 5980 avenue du Parc, c’était avant qu’elle devienne la mère de trois des enfants d’Elon Musk, X, Y, et Tau).
Pour Grace, qui entame une carrière de critique musicale, cette virée estivale à Montréal est donc l’occasion de pénétrer ce microcosme de la musique Indie qui attire l’attention de la planète entière depuis un moment déjà avec des noms comme Patrick Watson (je me souviens de ma première entrevue avec lui en 2006 sur Jeanne-Mance, les locaux de Secret City Records?), et bien sûr Arcade Fire (je n’oublierai jamais leur concert en février 2007. Win Butler avait fini le show en sueur sur le parvis de la Fédération Nationale Ukrainienne rue Fairmont, mon cameraman Martin Thibault avait capté des images du chanteur enveloppé d’un nuage de vapeur. Complètement fantasmagorique!).
Déceptionne! pendant une heure 50 que dure le film, on n’entend pas Grimes, ni Watson et pas plus Arcade Fire. On y joue plutôt des chansons de groupes que je n’ai pas suivis (The Unicorns, Islands, TOPS, Peaches, Cadence Weapon), mais qui allument beaucoup Grace.
Vous aurez compris que notre touriste musicale ne s’est pas loué un appart pour venir découvrir Karkwa, Malajube, ou Jean Leloup.
La scène locale ne vaut que dalle pour elle.
Lorsqu’elle déboule dans sa nouvelle chambre sur Saint-Urbain, Grace ne fait pas de mystère sur ses compétences en français. À ses colocs québécois francophones, elle avoue que les rares mots dont elle se souvient de ses cours de français en cinquième année, sont ceux pour nommer les toppings de pizza, dont ananas! On peut en rire, et trouver ça vexant en même temps.
Il est intéressant de savoir qu’en 2016, le titre de travail de ce projet de film était Anglophone, puisque la scénariste voulait entre autres parler de la perception que les Québécois ont des anglos, et non le contraire.
Les gens du marketing de cette production cinématographique ont convaincu la réalisatrice de plutôt appeler son film du nom d’une boutique de chaussures, Mile End Kicks (MEK), située au 5403 avenue du Parc, où travaille comme vendeur le chanteur du groupe Bone Patrol, qui tombe dans l’œil de Grace.
Mile End Kicks induit en effet un sens plus large qu’Anglophone, le kick évoquant à la fois l’engouement pour ce quartier, le thrill d’y vivre, mais aussi l’idée de se lancer (kick in) ou de retraiter (kick out) selon où on en est dans sa vie.
Le film se situe donc ailleurs que sur le rapport souvent toxique qu’est la relation franco-anglo.
Pour la réalisatrice Chandler Levack c’est en fait le récit de son histoire personnelle qu’elle a choisi de mettre en scène.
Levack, qui a fait de la critique musicale très jeune, a subi, comme Grace, la condescendance de ses pairs et des musiciens qu’elle interviewait, l’abus d’un patron, et un été à vivre l’expérience montréalaise. Bref, elle a voulu dépeindre sur grand écran ce moment de sa vie dans LE quartier Bobo pas-cher-ma chère,-cachère, le plus hot du Canada, sur fond de musique made in Montreal.
‘’Le phénomène de migration entre Toronto et Montréal pour les jeunes d'une vingtaine d'années en quête de sens est bien réel, et les deux villes représentent en quelque sorte les deux faces d'une même pièce. « Quand on en a marre de la routine à Toronto et qu'on rêve d'une vie d'artiste bohème, on a envie de déménager à Montréal », explique Levack. « Et puis, une fois à Montréal, déprimé parce qu'on ne parle pas français, que personne ne veut nous embaucher et qu'on est de nouveau fauché, on se dit : bon, il va falloir que je retourne à Toronto.’’
PSPP, François Legault et Jean-François Roberge devraient aller voir ce film. Ils y verraient des anglos sous le charme de Montréal (ils portent des T-Shirts de l’Opéra de Montréal et de la Maison de l’aspirateur), qui demandent asile un temps, mais qui repartent quand ils réalisent que sans la maîtrise du français, y a pas de travail, donc pas d’argent à faire ici.
Bon c’est sûr qu’entretemps, ils ont fait flamber le prix des loyers en acceptant de payer le gros prix pour habiter ce nirvâna situé près de la montagne, du Saint-Viateur Bagels et de tout un écosystème de salles de spectacles et de studios d’enregistrement.
Un mot sur le casting.
Chandler Levack a choisi l’actrice américaine Barbie Ferreira (Euphoria) pour incarner son personnage. Ferreira, qui a des origines brésiliennes, lui ressemble beaucoup du visage.
En la regardant trottiner dans le quartier dans ses robes d’été cintrées et juchée sur ses souliers rouges en toile (achetés chez Mile End Kicks évidemment), je me suis demandé si Barbie, qui a commencé comme modèle (plus-size model) sait que la compagnie American Apparel qui l’a découverte en 2015 a été fondée par un Montréalais du Mile End, Dov Charney…. J’ai des doutes. En tout cas, le personnage, comme la réalisatrice qui l’a inspiré, donne vraiment l’impression de rester en surface de son nouveau milieu de vie. On n’approfondit pas grand-chose dans ce film.
Après tout, Mile End Kicks est à ranger dans la catégorie comédie romantique. J’ai trouvé le personnage de Grasse assez loser, et la faune de musiciens qu’elle fréquente antipathique et pathétique, par moments assez fuckée merci, pour reprendre les mots de I Lost my Baby de Jean Leloup.
Malgré les images de Montréal (qui ont fait plaisir à mon côté chauvin), et l’effort mis à rendre les Québécois crédibles (Juliette Gariépy et Robert Naylor incarnent bien les colocs de Grace), ce film ne m’a pas rejoint.
Sauf Drinking in LA, du mythique groupe montréalais Bran Van 3000 (en version karaoké avec pas de voix beuglé dans la wagonnette de tournée), la bande sonore du film ne m’a pas vraiment embarqué non plus.
J’aurais aimé plus de Patrick Watson, un des initiateurs de cette vague qui a déferlé sur le Mile End.
Il est un si formidable modèle. Cet anglo d’Hudson a appris le français, travaillé avec des pairs francophones, poursuivi sa carrière en anglais sur la scène internationale, tout en faisant de Montréal son port d’attache.
Lui, il a eu un vrai kick pour le Mile End, Montréal, le Québec et les Québécois, ….et ça a été réciproque.
Je pense que le film sur l’incroyable histoire d’amour du Mile End avec la musique reste à faire.
N’empêche, fort de la notoriété de son actrice principale, Mile End Kicks est sorti vendredi dernier partout au Canada et sur 200 écrans aux États-Unis.
Est-ce que cela attirera d’autres anglos à Montreal l’été prochain ?
À suivre!





