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Julien Clerc, Une vie en spectacle aux Francos de Montréal
19-06-2026

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Allez voir Julien Clerc en spectacle c’est toujours avoir un peu rendez-vous avec soi-même. Il a tellement toujours été présent depuis presque 60 ans! Ses chansons sont comme des cailloux blancs qui permettent de refaire le parcours de notre vie à rebours.

Personnellement, j’ai 10 ans quand il commence à chanter. Il se met en piste en faisant les premières parties d’Adamo et Gilbert Bécaud, des idoles au Québec malgré la distance qui nous séparait de la France.

Si j’évoque Bécaud, c’est parce que Julien Clerc m’a fait penser à lui en s’avançant sur la scène de la salle Wilfrid-Pelletier.

Notre chanteur, qui a pris un peu de coffre à 78 ans, transporte toujours avec lui cette aura, que son sourire ravageur amplifie, comme jadis M.100 000 volts.

Comme Bécaud, Julien Clerc est aussi armé d’un répertoire qui est la promesse d’un bon spectacle à venir.

D’ailleurs, il commence avec rien de moins que La Cavalerie, chanson qui est sortie en mai 1968. L’histoire veut que ce premier 45 tours du chanteur a été ‘’le dernier disque pressé dans l’usine avant que celle-ci ne ferme pour participer à la grève générale lancée durant le mois de mai 1968’’.

Quel bonheur de réentendre Julien Clerc la chanter!

Ça vaut la peine d’en citer un passage:

‘’Un jour je prendrai la route

Vers ailleurs coûte que coûte

Je traverserai la nuit

Pour rejoindre la cavalerie

J'aurai enfin tous les courages

Ce sera mon héritage

Et j'abolirai l'ennui

Dans une nouvelle chevalerie’’

Julien Clerc fait suivre cet hymne pétaradant de En serais-je moins fou de toi ?, un très beau texte de Serge Lama, de son plus récent disque Une vie, paru en 2025.

En deux chansons, le concept du tour de chant est esquissé: nous sommes conviés à revisiter la vie de cet artiste du tout début à aujourd’hui, à travers une sélection de titres marquants de son vaste répertoire, et quelques confidences autobiographiques.

Il revient notamment sur son enfance avec des propos qui ressemblent beaucoup à ce que j’avais lu dans Julien, la biographie de la journaliste du Nouvel Observateur, Sophie Delassein publiée en 2014.*

Chaque fois que je parle de Julien Clerc, je mentionne que c’est à cause qu’il est une idole dans notre foyer que notre fils s’appelle Julien.

Et bien hier, Julien Clerc nous a dit combien il tirait une grande fierté de tous ces garçons qui portent ce prénom d’artiste qu’il a lui-même choisi avant de se lancer dans le métier.

Lui, généralement discret, nous a raconté avoir d’abord demandé à ses potes, Étienne Roda-Gill et Maurice Vallet, de l’aider à trouver le bon nom. Comme ils ont été meilleurs à lui écrire des textes de chansons qu’à lui trouver une nouvelle identité, Paul-Alain Leclerc s’est donc rebaptisé lui-même. C’est en cherchant dans le calendrier de la Poste qu’il a opté pour le nom de Saint-Julien, le plus approprié à son avis pour s’agencer à son nom de famille. Il sacrifiera aussi le LE de Leclerc pour s’en tenir à trois syllabes, beaucoup plus efficace pour un nom d’artiste comme le prouve la suite de l’histoire de Julien Clerc.

 

Revenons au programme de la soirée, car il est costaud. Il a permis de survoler les 28 albums du chanteur.

Oh joie! Une grande place est faite aux textes d’Etienne Roda-Gill, sans conteste son meilleur parolier. Il y a même trois titres tirés du disque No 7, mon préféré.

Jugez-en vous même, de l’album No 7, Julien chante Souffrir par toi n'est pas souffrir, Elle voulait qu’on l’appelle Venise, This Melody, il y a aussi Utile, Jaloux de tout, Ce n’est rien, Si on chantait, La Californie, toutes d’Étienne Roda-Gill.

De Maurice Vallet, artisan de la première heure, Julien Clerc reprend Ivanovitch, si peu souvent reprise. De Jean-Loup Dabadie, Femme je vous aime et Ma préférence. Il y a aussi des chansons de Françoise Hardy (Fais-moi une place), Maxime Leforestier (Double enfance), et des textes plus récents de Paul Ecole, les très émouvantes Les parvis et Saint-Nazaire (sur son frère, le journaliste et éditorialiste Gérard Leclerc, mort en 2023 dans l’écrasement de l’avion qu’il pilotait).

 

Je dois dire que les trois chansons retenues pour le ‘’p’tit quart d’heure Plamondon’’ (Quand je joue, Lili voulait danser, Cœur de rocker) détonnaient dans ce répertoire, autant que lorsqu’elles sont débarquées dans la vie du chanteur dans les années 1980, en procurant néammoins un grand succès à son interprète.

‘’Peu importe qu'on soit

De New-York ou Paris

Quand on est musicien

On est Américain

Si on vit aujourd'hui’’

Disons que ce passage de Quand je joue passe encore plus mal en 2026 qu’en 1980.

Ce segment assez endiablé, mais un peu ringard, aurait dû faire lever la foule, ce qui n’est pas arrivé, même si Luc Plamondon était assis dans la loge d’honneur (à la défense du public, cela n’a jamais été mentionné).

Ce qui m’amène au bémol de ce concert.

Contrairement aux musiciens de Laurent Voulzy, ceux de Julien Clerc, aussi bons soient-ils, n’interagissent pas beaucoup avec le public. Une foule, surtout âgée, a besoin de se faire pousser pour se lever de son siège. Moi le premier, d’autant que je n’ai pas été emballé par les arrangements du chef d’orchestre.

Mais au final, avouons que je suis rentré chez moi avec ma blonde, sous la pluie, la tête pleine de vers d’oreille, dont celui qui a consacré Julien Clerc idole de toute une génération en 1969: Laissons entrer le soleil de la comédie musicale Hair.

Est-ce que j’aurai vu, ce 18 juin 2026, mon dernier spectacle de Julien Clerc à Montréal?

 

Je me suis d’autant plus posé la question qu’au même moment, Céline Galipeau animait son dernier Téléjournal à la télévision, et Marie-Christine Trottier sa dernière émission Toute une musique à la radio.

 

Comme quoi toute bonne chose a une fin?

En tout cas, j’ai eu une pensée pour mes anciennes collègues en réentendant la chanson Ce n’est rien parue en 1971 qui revient toujours avec son propos philosophique sur le temps qui passe:

‘’ce n'est rien

tu le sais bien le temps passe ce n'est rien

tu sais bien

elles s'en vont comme les bateaux et soudain

ça prévient

comme un bateau qui revient et soudain

il y a mille sirènes de joie sur ton chemin

qui résonnent et c'est très bien

De fait, et Céline et Marie-Christine nous reviendront avec chacune une nouvelle émission à la rentrée.

Pour ce qui est de Julien Clerc, avec cet air en tête, l’avenir nous dira si c’était son dernier show à Montréal, mais précisons qu’il n’en a pas fini pour tout de suite. Sa tournée Une Vie compte un nombre incroyable de dates à commencer par Gatineau ce soir le 19 juin. **

* https://www.claudedeschenes.ca/julien

** https://decibelsprod.com/dates/artiste/julien-clerc/

___________

La première partie était assurée par Sandra Contour (un surnom qui est devenu le nom d’artiste de Sandra Boulanger, une artiste native d’Alma).

La pauvre n’a eu droit à aucune mise en contexte avant de se pointer sur scène avec ses deux musiciens. Elle a fait le travail de présentation toute seule, ma foi avec beaucoup d’humour pour décoincer un public qui ne l’avait manifestement pas choisie.

Mais en six chansons bien tournées, souvent amusantes, et un accompagnement et un son impeccables, elle a mis la grande salle Wilfrid-Pelletier dans sa petite poche.

On comprend qu’elle ait remporté le prix Mouffe (remis à un artiste en début de carrière) au printemps 2025 et Ma première Place des arts en 2024.

Cela m’amène à un reproche à l’égard des organisateurs des Francos complètement absents de cette soirée.

Il me semble qu’autrefois, on présentait les artistes avec plus de décorum. Personne sur la scène pour présenter Sandra Contour, pas plus pour dire l’importance d’accueillir un Julien Clerc à Montréal.

Je n’en revenais pas non plus de constater l’absence de caméras.

Les nouvelles ne couvrent plus la grande visite?

Et que dire du fait qu’on ait laissé jouer de la musique en anglais avant le début du spectacle.

En pleines Francos? Inadmissible!

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