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(Interview Yonhap) Soraya Martinez Ferrada, maire de Montréal : «La Corée et Séoul, c'est inspirant pour nous»

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Soraya Martinez Ferrada

La maire de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, lors de l'interview accordée à l'agence de presse Yonhap au centre à Daehakro de la Fondation pour les arts et la culture de Séoul (SFAC), à Séoul, le mardi 17 mars 2026.

SEOUL, 18 mars (Yonhap) -- Montréal veut franchir une nouvelle étape dans son rayonnement international. A lla tête d'une délégation économique et culturelle de haut niveau, la maire de la métropole canadienne, Soraya Martinez Ferrada, a mis le cap sur la Corée du Sud. Arrivée à Séoul à la fin de la semaine dernière, elle a présenté mardi à l'agence de presse Yonhap, au centre à Daehakro de la Fondation pour les arts et la culture de Séoul (SFAC), les motivations de sa venue dans le pays.

A travers ce déplacement, Montréal entend consolider sa position de leader mondial dans les industries culturelles et créatives. En ciblant le pays de Samsung, connu pour son dynamisme technologique et son avant-gardisme artistique, la ville québécoise cherche à s'ouvrir une porte d'entrée vers le marché asiatique.

La mission d'envergure s'étale sur cinq jours, du 16 au 20 mars, dans la capitale sud-coréenne et à Busan. La délégation rassemble la municipalité de Montréal, le Conseil des arts de Montréal et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, et est soutenue par la Délégation du Québec à Séoul. Les entreprises et les organismes représentés sont issus essentiellement des industries culturelles et créatives. Des rencontres avec des acteurs clés sont prévues autour de ces deux pôles.

Pour la première fois au pays du Matin-Clair, la première magistrate de la ville de la Belle Province a dit à plusieurs reprises au cours de l'entretien que de points de vue économique et culturel, «la Corée et Séoul, c'est inspirant pour nous», et ce, notamment pour «se positionner dans les années à venir». Le programme est donc de découvrir l'écosystème culturel sud-coréen et de développer des opportunités d'affaires grâce à des rencontres B2B et à des visites stratégiques.

Elue le 2 novembre 2025 pour prendre les rênes de la «Ville aux cent clochers», Soraya Martinez Ferrada a décidé de se concentrer aussi sur l'étranger. Il s'agit en fait de sa toute première mission en dehors des frontières canadiennes. Celle-ci vise à renforcer les liens économiques, culturels et institutionnels entre Montréal et la Corée du Sud, à promouvoir l'expertise montréalaise dans les secteurs créatifs et innovants, ainsi qu'à soutenir l'expansion internationale des entreprises et organisations culturelles de la Métropole québécoise.

La maire d'origine chilienne est également cheffe du parti politique municipal Ensemble Montréal. Avant de diriger la ville, elle a été conseillère municipale (2005-2009), députée à la Chambre des communes (2019-2025), ainsi que ministre du Tourisme et ministre responsable de l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec (2023-2025).

- Pourriez-vous nous présenter votre délégation ?

▲ Tout d'abord, c'est la première mission que je fais à titre de mairesse (ou maire). C'était un choix de venir en Corée. Je pense que deux choses qui unissent Séoul à Montréal, c'est d'avoir utilisé la culture comme un vrai levier économique de positionnement de ville. Donc, pour moi, venir avec une délégation qui représente la diversité des institutions, des organisations au niveau de la culture, mais aussi associées à la Chambre de commerce du Grand Montréal, c'était important. Cette combinaison des deux fait que c'est une mission importante. On est quand même plus de 50 personnes au sein de la délégation, […] près d'une trentaine d'organismes, des théâtres, des musées, des associations et aussi des institutions qui représentent le développement économique, comme Montréal International ou le CORIM (Conseil des relations internationales de Montréal). Donc, on est vraiment une panoplie d'organisations, on a tous le même défi commun qui est celui de voir comment, dans les prochaines années, on va faire rayonner Montréal comme une métropole qui utilise la culture comme un levier économique.

- Depuis votre élection en novembre dernier à la mairie de Montréal, c'est votre première mission officielle à l'étranger. Pourquoi avoir choisi la Corée du Sud ?

▲ On a, je pense, entre nous deux (Montréal et la Corée), cette capacité de pouvoir travailler ensemble et de collaborer, notamment sur la question de l'innovation, la question de la créativité, mais aussi, plus loin, sur toute la question de l'intelligence artificielle. On a des choses que nous, on fait à Montréal, mais que la Corée est en train de faire aussi de façon très importante.

- Plus globalement, quelles sont les grandes lignes de la stratégie de Montréal au plan international ?

▲ On veut positionner Montréal comme une ville d'innovation et de création, comme une ville qui est non seulement une porte d'entrée importante des Amériques, mais aussi de l'Europe. On est une ville qui est dans son style européen, en quelque sorte, mais aussi nord-américaine, francophone, donc une ville qui est importante au niveau de tout l'horizon international francophone et aussi une ville qui a reçu de grands événements. On fête cette année le 50e anniversaire des Jeux olympiques (d'été de 1976) et, l'année prochaine, ce sera le 60e de l'Expo 67 (Exposition universelle de 1967). Une ville qui, à chaque fois, a su innover aux niveaux social, culturel et même économique. Et je pense qu'aujourd'hui, pour nous, ça va être important de repositionner Montréal dans les grandes villes mondiales.

- Et en Corée, quels sont les grands objectifs de votre mission ?

▲ Tout d'abord, il faut s'assurer qu'on est capable d'avoir des ententes de collaboration. Le Conseil des arts de Montréal va signer une entente de collaboration avec son homologue ici à Séoul (SFAC). Et je pense que c'est important parce que cela permet de développer la réciprocité en termes de diffusion culturelle, par exemple, mais aussi des relations d'échange et de collaboration sur d'autres thématiques qui peuvent être, entre autres, la question de l'intelligence artificielle. J'ai eu la chance de rencontrer la Seoul AI Foundation. Je pense qu'on peut éventuellement échanger aussi sur de meilleures pratiques. Le défi des grandes villes va être aussi non seulement de développer l'intelligence artificielle, mais également de l'appliquer dans la gestion des villes. Et je sais que Séoul fait beaucoup de choses en ce moment. Cela peut nous aider et on peut collaborer.

- Quel est le programme de votre séjour ?

▲ On a rencontré plusieurs organismes qui travaillent au niveau de la diffusion et du développement culturel. Nous avons rencontré aussi la Seoul AI Foundation. Demain (mercredi), je vais rencontrer des jeunes pousses, des start-up de l'intelligence artificielle, voir comment on l'applique dans la gestion, la planification d'une ville comme Séoul et, encore une fois, comment je peux m'inspirer de ce qui se passe ici pour Montréal. Et on va aller aussi à Busan, un des plus grands ports en Asie. Un peu comme Montréal, on a un des plus grands ports dans l'est du Canada, dans l'Amérique du Nord. Donc, on a des similitudes aussi en termes de gestion urbaine. A Busan, on va aussi rencontrer le maire (Park Heong-joon). On a aussi une entente qu'on va signer avec l'homologue du Conseil des arts de Montréal. Busan et Montréal ont beaucoup de similitudes au niveau de la culture et de la gestion urbaine.

- Sur son site Internet, le Conseil des arts de Montréal parle d'un modèle sud-coréen en matière de réussite économique et culturelle. Comment votre ville peut-elle s'en inspirer ?

▲ La Corée a réussi à se positionner comme un pays qui a utilisé, entre autres, la K-pop d'un point de vue d'attractivité, de branding. Elle a su attirer du tourisme, a su investir dans le développement culturel. C'est inspirant au niveau de la façon dont ça a été fait. C'est sûr qu'à Montréal, ce n'est pas la K-pop qu'on va développer, mais c'est la démarche très réfléchie qui a été faite autant par la ville de Séoul que la Corée. Je trouve inspirant pour nous, à Montréal, de savoir comment nous-mêmes, on va se positionner dans les années à venir.

- Les relations entre la Corée du Sud et le Canada sont au beau fixe, y compris celles entre la Corée du Sud et le Québec. Quels sont les liens entre Montréal et la Corée du Sud aujourd'hui ?

▲ Le fait d'être ici aujourd'hui, c'est peut-être de démontrer notre intention que ces accords sont plus réels, qu'ils amènent à des projets. […] Il faut trouver une façon de travailler de façon plus concrète dans des projets. Nous avons d'ailleurs présenté au Conseil coréen des arts (ARKO) l'idée de voir comment on peut travailler avec la Corée sur la revitalisation du pavillon de la Corée à Montréal, qui a été fait lors de l'Expo 67. Ces ententes-là peuvent être plus concrètes dans des projets. Je pense que c'est ce qu'on va espérer pouvoir faire dans les prochaines années.

- Vous cherchez à former des partenariats avec de grands groupes industriels coréens également. Comment envisagez-vous de tels rapprochements ?

▲ C'est sûr que la Corée a réussi dans son développement et son positionnement de travailler aussi avec les grandes entreprises, que ce soit Hyundai ou Samsung par exemple, qui ont contribué aussi à un plan stratégique de positionnement d'accords. On a une communauté coréenne quand même importante au Canada. Mais le fait qu'on ait un pavillon de la Corée, qui a été fait par un architecte très connu de la Corée à l'époque (Kim Swoo-geun), est aussi une façon de démontrer qu'il y a des relations importantes entre la Corée et le Canada qui peuvent être concrétisées dans le futur à travers Montréal.

- Dans quels secteurs spécifiques de l'économie coréenne souhaitez-vous développer les relations ?

▲ Au niveau de l'intelligence artificielle, je pense que la Corée a réussi à passer de la recherche à l'application. A la Seoul AI Foundation, j'ai pu voir des projets d'application très concrets sur la gestion urbaine qu'on recherche. Nous, à Montréal, on est très forts au niveau de la recherche. On l'est moins au niveau de l'appliquer à des secteurs spécifiques, mais ça, c'est un des exemples sur lesquels je pense qu'on va pouvoir travailler.

- Montréal est un chef de file mondial dans l'intelligence artificielle. Comment comptez-vous collaborer avec l'écosystème technologique coréen ?

▲ La communauté coréenne a envoyé beaucoup de chercheurs au Mila (Institut québécois d'intelligence artificielle) par exemple, à Montréal. Des chercheurs de la Corée sont allés y travailler et ont fait des collaborations de recherche avec le Mila. Ils ont réussi à développer des applications concrètes qu'on peut utiliser quand on fait de la gestion d'une ville. […] Nous, à Montréal, on doit pousser l'application de la recherche dans des situations très concrètes et des défis concrets qui sont spécifiques à Montréal, pas nécessairement les mêmes qu'à Séoul. Un exemple très concret, la Seoul AI Foundation a développé une application qui permet de visualiser concrètement la construction sur des toits de maison à Séoul pour voir si c'est fait de façon légale ou pas, si ça correspond au plan d'aménagement de la ville. […] Pour moi, c'est très intéressant parce qu'on n'a pas ça à Montréal actuellement. Et un des défis montréalais, c'est notamment la question de la gestion de l'eau et des tuyaux qui amènent l'eau dans les résidences. Donc, il y a des enjeux importants de gestion urbaine et on peut utiliser l'intelligence artificielle pour nous aider à la planification et à mieux gérer au final.

- La Corée du Sud est devenue un «soft power» avec notamment la K-pop, le cinéma et les jeux vidéo. Montréal est une plaque tournante de la créativité. Existe-t-il des coproductions dans ce domaine ?

▲ Tout à fait. Par exemple, hier soir (15 mars, heure américaine), aux Oscars, «(KPop) Demon Hunters» est une collaboration avec des créateurs coréens et des producteurs montréalais. Donc, on voit que ce genre de coproduction est possible. Et ce sont des ententes de collaboration qu'on va signer à Séoul et à Busan et qui vont ouvrir la porte à ce genre de projet plus concrètement dans les prochaines années.

- Montréal et Séoul appartiennent ensemble à plusieurs réseaux internationaux de villes. Par exemple, elles font toutes deux partie du réseau des villes créatives de l'Unesco dans la catégorie design. Peut-il y avoir des coopérations via ces leviers ?

▲ Montréal a été nommée ville de design par l'Unesco en 2006. Effectivement, d'avoir des villes comme Séoul dans des réseaux internationaux comme ça, ça démontre finalement concrètement ce que ces villes ont réussi à faire, non seulement pour préserver le patrimoine, mais aussi pour développer le patrimoine d'avenir. C'est ça aussi être une ville de design. Il faut intégrer la création et l'innovation dans le design d'aujourd'hui et faire de la préservation du patrimoine. […] J'ai l'exemple du pavillon de la Corée de l'Expo 67. C'est un bon exemple de comment on peut travailler ensemble pour préserver ce qui a fait ce que nous sommes aujourd'hui, une ville de design. Le fait qu'on soit liés sur ce réseau de villes, c'est une façon aussi de collaborer sur des projets concrets.

- Le monde est actuellement marqué par des turbulences géopolitiques et des tensions commerciales. Comment la ville de Montréal adapte-t-elle sa stratégie internationale ?

▲ C'est sûr que pour nous d'être ici, c'est aussi une façon de contribuer à cette idée de diversification des marchés. Comme notre Premier ministre du Canada (Mark Carney) l'a dit à Davos, il faut que les puissances moyennes travaillent mieux ensemble. Le fait d'être ici fait partie de comment une ville comme Montréal peut contribuer à cet effort national de diversification des marchés.

Et cela passe notamment par deux pouvoirs qui sont les industries créatives, tant à Séoul qu'à Montréal, et les projets concrets qui renforceront notre union.

- Il y a une communauté coréenne à Montréal. Les Coréens seraient au nombre de 5.600…

▲ C'est exact. Ce n'est pas une grande communauté si on compare avec d'autres communautés, que ce soit à Toronto ou ailleurs, mais c'est une communauté importante. C'est une communauté qui est beaucoup liée au fait que Montréal a reçu les Jeux olympiques de 1976, qu'on a eu un pavillon de la Corée pendant l'Expo de 1967. Donc, il y a en fait une relation qui n'est pas tant par rapport à la grandeur de la communauté mais par rapport aux relations que le Canada a eues avec la Corée, qui est passée par la ville de Montréal avec ces deux événements-là.

- Quel dernier message voulez-vous faire passer ?

▲ On est très impressionnés par tout ce que la Corée fait depuis les dernières années, la façon dont la Corée s'est positionnée dans le monde. Vous l'avez dit vous-même, c'est un «soft power» important, qui est riche en créativité, en innovation, qui est inspirant. Cela fait que la Corée a pris une place dans la réputation et dans la tête des gens un peu partout dans le monde, et ça va au-delà de la K-pop. […] Quand on vient ici en Corée, ce qu'on vit ici à Séoul, ce qu'on voit, c'est inspirant de savoir qu'un pays comme la Corée peut prendre sa place dans le monde et ça inspire d'autres villes comme Montréal.

Propos recueillis par Xavier Baldeyrou

(FIN)

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