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Le gâteau du président: un film irakien!
23-03-2036

Si le film Valeur sentimentale (vu vendredi 20  mars) a été un refuge pendant 133 minutes*, Le gâteau du président, vu à la Cinémathèque ce dimanche après-midi 22, a été une solide confrontation avec la réalité.

Ce rare film irakien à prendre l’affiche sur nos écrans nous met devant la triste réalité d’un pays honni par la communauté internationale à cause de ses dirigeants.

 

Qui en pâtit pensez-vous?

Le gâteau du président se passe en Irak alors que l’ONU vient d’imposer des sanctions contre le régime de Sadam Hussein après son invasion du Koweït.

Le président du titre du film fait référence à Sadam Hussein dont l’anniversaire était outrageusement célébré tous les 28 avril en Irak, de 1979 à 2003, au point où les Irakiens étaient contraints à faire un gâteau pour célébrer la grandeur de leur président.

Le réalisateur Hasan Hadi, qui a vécu cette folie, a décidé d’en faire un film dans lequel une jeune écolière se voit pigée au sort pour préparer le gâteau pour sa classe sous la menace de sérieuses conséquences si elle se désiste.

Mais, Lamia, neuf ans, qui vit dans les marais avec sa grand-mère, n’a pas les moyens de faire ce gâteau.

Il lui faudra donc se débrouiller pour honorer sa mission.

On la suit donc dans sa tentative de dénicher un peu de farine, du sucre, des œufs et de la levure chimique. La croix, et la bannière, avec son coq en bandoulière!

C’est absolument crève-cœur de voir cette enfant tenter de toutes les manières possibles de réussir sa mission dans un pays où les denrées sont rares, où personne n’a d’argent, où le troc est pénible, où la corruption règne, où les avions de chasse strient constamment le ciel, et, surtout, où la population est complètement absorbée par cette obligation de célébrer le guide suprême.

Dans une entrevue au magazine The New Arab, le réalisateur, dont c’est le premier film, dit : ‘’Les gens devraient mieux comprendre que lorsqu'ils entendent le mot « sanctions », ce ne sont pas Saddam et sa famille qui vont être privés de nourriture. Le film est une tentative de briser le stéréotype selon lequel les sanctions seraient une idée non violente.’’

En choisissant de traiter son sujet à travers des yeux d’enfants, Hasan Hadi pense avoir évité de faire un film partisan.

‘’Les enfants peuvent être impartiaux. Ils n'ont pas besoin d'être politisés. J'essaie vraiment de rester neutre et de simplement montrer que oui, l'ONU a fait ceci, oui, les États-Unis ont fait cela, et Saddam a fait cela. C'est juste un aperçu de la vie. Je ne souhaite pas prendre parti ni faire de déclaration politique.’’

J’approuve cette démarche, mais c’est quand même désespérant de penser que tout le monde a tort, encore plus quand on voit ce qui se passe présentement de semblable en Iran, le pays voisin.

D’ailleurs, l’action se passe dans le sud de l’Iraq, dans les marais de Mésopotamie au confluent du Tigre et de l'Euphrate, à la frontière de l’Iran. Les Ahwar du Sud de l’Iraq, classés au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2016, sont un immense écosystème de zones humides que Sadam Hussein a un jour tenté d’assécher.

C’est absolument dépaysant de voir Lamia, sa grand-mère, et ses amis de classe se déplacer en mashhuf, des barques en bois utilisées depuis l'Antiquité, et habiter des mudhifs, des maisons traditionnelles en roseau.

Pas d’artifice dans le jeu des comédiens, aucun n’est acteur professionnel. Ils ont tous été recrutés sur place, dans la rue. Ça sonne vrai, et c’est d’autant plus percutant.

La chute de Saddam Hussein a commencé le 20 mars 2003 avec l’invasion américaine sous prétexte qu’il détenait des armes de destruction massive.

23 ans plus tard, c’est assez fascinant de voir qu’un tel film ait pu être tourné en Irak.

Pour le réalisateur Hasan Hadi, les mentalités sont mûres en Irak pour affronter l’Histoire:

‘’ Les films peuvent être un outil de guérison et un moyen de traiter vos traumatismes, votre histoire, vos problèmes, vos difficultés, de vous demander ce qui s'est passé, ce qui ne s'est pas passé ? Lorsqu'on vit un traumatisme, l'esprit se bloque. Il tente de vous protéger des mauvais souvenirs, des années difficiles, de tout cela, et soudain, en vous ouvrant à nouveau, vous vous souvenez …. Je pense qu’il est important d’explorer davantage cette période, car nous en ressentons déjà les effets.’’

On sort de ce film en se disant que la vie est pas mal plus difficile sous d’autres cieux que les nôtres.

Toujours bien de s’en rappeler. Prenons garde à ne pas ruiner notre chance.

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