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Z comme Zahnd, mais qui est ce Zahnd
06-01-2026

Quel bonheur de commencer l'année 2026 en faisant la connaissance d'un remarquable oublié.


Je viens de découvrir un artisan de la culture québécoise, méconnu malgré son importante contribution.
Il s’appelle Gérald Zahnd.

Le saviez-vous, moi non, c’est cet homme qui a créé l’affiche de la pièce ‘’Les Belles-sœurs de Michel Tremblay en 1968.
Celle de La Sagouine d’Antonine Maillet aussi, en plus de celle du film Les vautours de Jean-Claude Labrecque, et d’une centaine d’autres pour le Rideau Vert, le Théâtre du Nouveau Monde, le Théâtre populaire du Québec, le Théâtre d’aujourd’hui, etc.

Je viens de découvrir cet artiste graphiste par le livre Z comme Zahnd de Marc Choko publié aux éditions Somme toute.

Ce qui est hallucinant, c’est qu’en grand spécialiste de l’affiche qu’il est, Marc Choko, professeur émérite à l’École de design de l’UQÀM, admet lui-même dans son avant-propos, qu’il a découvert l’importance de Zahnd, pourtant un ami, lors d’une exposition d’une quarantaine de ses affiches à l’Économusée du fier monde….en juillet 2024! Une première, il va sans dire.

 

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Marc Choko, qui a lui-même fait des expositions et des livres sur l’affiche au Québec, découvre alors la réelle profondeur de l’œuvre de Zahnd. Il le talonne alors sans répit pour qu’il accepte de lui dévoiler le trésor sur lequel il est assis.

 

Un an plus tard, le résultat tient en 250 pages spectaculaires qui nous font revivre cette époque d’un Québec où le théâtre, en particulier, est un vivier créatif sans pareil que le talent de Zahnd sert à promouvoir.Car oui il y a beaucoup de ça dans l’affiche publicitaire, aussi artisanale soit-elle.Oubliez l’affichage sauvage, nous sommes avant les années 1980.

 

Dans les faits, Zahnd fait de la sérigraphie. Ses affiches sont imprimées en 20-30 exemplaires destinées à la vitrine du théâtre ou de lieux culturels, comme la librairie Tranquille ou le foyer du Patriote.Chaque affiche a son histoire, son approche, ses couleurs.

 

Personnellement, j’ai beaucoup accroché à la typographie de Zahnd qui fait souvent honneur à la police Helvetica que le Suisse Max Miedinger a créée en 1957.J’adore le parti-pris qu’il a pour les minuscules.

 

Mais qui est ce gérald zahnd au fait?Un Suisse, lui aussi, qui débarque à Montréal en 1964, une époque où le Québec est une terre d’accueil pour les étrangers!Il a 23 ans, a été formé à l’École des beaux-arts de Lausanne, et l’École suisse de céramique/École des arts et métiers de Vevey.Il rencontre notamment le peintre Claude Théberge un habitué des contrats d’intégration de l’art public en architecture. Il fera quelques oeuvres dans des institutions publiques.

 

En 1968, par l’entremise d’André Brassard et de José Beauregard (comédienne de la distribution originale des Belles-sœurs), Zahnd fait la connaissance d’Yvette Brind’Amour et Mercedes Palomino. Les directrices du Rideau Vert lui confient la réalisation des affiches et des programmes de leur théâtre. Cela durera des années. Zahnd aime la liberté totale qu’on lui accorde.

 

En effet, quand on regarde son travail au fil des ans (le livre est généreux de ses exemples), on sent une totale liberté chez l’artiste qui peut, du reste, offrir son talent à d’autres compagnies, notamment le TPQ et le TNM, et à des entreprises qui sollicitent sa touche pour leurs documents d’affaires ou leur publicité.

 

Intéressant de remarquer qu’au TNM, Zahnd est limité, budget oblige, à deux couleurs par affiche. Notez le jaune et le rouge pour l’affiche de la pièce La charge de l’orignal épormyable de Claude Gauvreau, le noir et le blanc pour ‘’Ah ah!’’ de Réjean Ducharme.En tournant les pages de ce livre-hommage, on peut apprécier un esprit libre plus au service de la forme et de l’originalité que du contenu publicitaire à livrer.

 

Quand je vous dis que Gérald Zahnd est un contributeur important à la culture québécoise, je n’exagère pas. Ce n’est pas rien d’être celui qui encapsule en une image l’idée générale derrière les textes de nos plus grands créateurs: Michel Tremblay, Antonine Maillet, Ducharme, Gauvreau, Félix, Deschamps, Vigneault, Léveillée, le Grand Cirque ordinaire, etc.

 

Mais pourquoi est-il demeuré si peu connu?

 

Citons l’auteur Marc Choko:

''… Zahnd a un caractère entier. Il veut suivre ses envies d’une pratique multidisciplinaire de l’art et se trouve un peu partout en marge. Quand je lui demande pourquoi il ne m’avait pas parlé de son travail en graphisme lorsque j’avais conçu mes livres sur l’affiche et le design graphique au Québec, il me répond: ''Parce que je n'étais plus là''.

 

À partir de 1980, Monsieur Z se consacre à autre chose.

Il crée Le p’tit bar sur la rue Saint-Denis, dont les plus vieux se souviendront.

 

Encore une fois, me voilà obligé de rappeler notre bonne vieille devise québécoise qu’on malmène trop souvent: ‘’Je me souviens’’.

 

Voilà à quoi ce bel ouvrage sert!

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