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Father Mother Sister Brother
20-01-2026

Il y a tant de nouveautés au cinéma à voir, j’admets que je suis un peu en retard de parler de Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch, Lion d’Or au dernier Festival de Venise, et sorti en salle à Montréal le 7 janvier.

Je l’ai vu vendredi au Cinéma du Parc en version originale anglaise, sous-titres français, et franchement, j’aurais été déçu de passer à côté.
C’est mon genre de film.

Il n’y a aucun des attributs qui font courir les foules: pas d’action, pas de violence, pas de sexe, pas d’effets spéciaux, juste des scènes de la vie ordinaire défendues par une formidable brochette d’acteurs.

La petite vie, mais sans son côté absurde.
Encore que, on rit, ou on est mal à l’aise, devant la maladresse de certaines déclarations, les silences qui plombent ces retrouvailles.

Impossible de ne pas se reconnaître dans ses propres relations familiales qui est, finalement, le sujet dont Jim Jarmusch a souhaité nous entretenir. Avec peut-être comme sous-texte: on ne choisit pas sa famille.

Le réalisateur a découpé son film en trois histoires distinctes qui n’ont pas de lien entre elles, mais qui sont reliées par des détails qu’on retrouve dans chacune.

Dans la première histoire, Father, qui se passe au New jersey, on accompagne deux enfants qui vont visiter leur père qui vit seul à la campagne. Ils n’y vont pas souvent, la rencontre est donc assez frette.

Dans Mother, nous sommes à Dublin, où deux sœurs vont prendre le thé chez leur mère écrivaine. Une visite annuelle! Pas d’effusion là non plus, les non-dits dominent.

La troisième histoire, Sister Brother se passe à Paris, où des jumeaux se retrouvent dans l’appartement vide de leurs parents tout juste décédés.

Jim Jarmusch a dit que chacune des trois parties nourrit l’autre. Ce ne sont pas trois courts métrages.
On s’en rend compte avec le troisième volet, alors que les jumeaux réalisent, en regardant de vieilles photos de leurs parents, qu’ils ne les connaissaient pas tant. Comme les personnages des deux autres histoires finalement.

Voici comment Jarmusch explique son point de vue sur la question:

‘’Les parents tentent de se présenter sous un jour nouveau à leurs enfants pour diverses raisons : pour servir de modèle, de guide, ou parce qu’ils ne souhaitent pas dévoiler certains aspects de leur vie. Ils ne sont pas totalement transparents. Parfois, c’est par bienveillance et protection, parfois par égoïsme. Mais il est assez courant que les enfants connaissent rarement vraiment leurs parents.’’

Qu’on ait ou non ses parents, qu’on le soit soi-même, qu’on ait des frères ou des sœurs, ou pas, ce film ne peut faire autrement que nous interpeller.

Je disais que chaque histoire est reliée par des détails.


Jim Jarmusch affirme s’être appliqué à bâtir son film comme une pièce de musique, en trois mouvements.
Il y a des thèmes qui reviennent, et ils sont le fait de lubies personnelles du réalisateur.

Je les énumère : l’eau, la montre Rolex, les voitures, le fait de s’habiller dans les mêmes teintes, l’acte de faire Tchin!, le skate, l’expression ‘’c’est comme l’oncle Bob’’.

Il y aurait une explication pour chacune, je me contenterai de rapporter celle à propos de l’expression.

Dans une entrevue au magazine Vulture, Jim Jarmusch dévoile que sa mère avait un frère jumeau, Bob, avec lequel elle était en osmose, comme les personnages qu’il a créés pour son film.

Souvent, pas besoin de chercher loin pour faire du cinéma.

De l’aveu de Jarmusch, son film n’a pas de message caché, ce qu’il propose est ‘’une sorte d'observation empathique.’’

Pour ce faire, il a fait appel à une distribution toute étoile, mais assez hétéroclite.

Tom Waits joue le père dans la première histoire. Ses enfants sont incarnés par Adam Driver et Mayim Bialik (Jarmusch a rêvé de travailler avec elle lorsqu’il l’a vue animer l’émission Jeopardy dont il est fan!).

La deuxième histoire met en vedette la très distinguée Charlotte Rampling qui personnifie la mère, alors que Vicky Krieps et Cate Blanchett sont ses filles. Cette dernière est pratiquement méconnaissable en vieille fille fonctionnaire, spécialiste du patrimoine.

Indya Moore et Luka Sabba sont attendrissants en jumeaux en osmose.

En prime, ce film nous fait voyager.
On se promène en char sur les routes de campagne du New Jersey (qui ressemblent à celles de l’Estrie), dans les rues de Dublin, et celles de Paris.

J’avoue que j’ai particulièrement aimé la balade en Volvo 1800 dans les rues parisiennes en écoutant la chanson Spooky. Voici ici la version originale par Dusty Springfield.


 

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