
photo: Pierre Dury
Paradis perdus à Trois-Rivières: Jean Leloup au Cirque du Soleil
16-07-2026

Il y a des spectacles qui sont comme des épiphanies, des grands messes d’où on sort transporté, d’autant plus que notre grand bonheur qui bouillonne en dedans est partagé à grande échelle par les gens qui viennent d’avoir la même joyeuse hallucination que soi.
Ça a été le cas de mon rendez-vous aux Paradis perdus, spectacle hommage du Cirque du Soleil à Jean Leloup.
Leloup et la compagnie créée par Guy Laliberté ont tout pour faire bon ménage. Leloup a développé au fil des ans un univers musical aussi débridé que foisonnant auquel toutes les générations adhèrent. Le Cirque du Soleil a fait de même avec le langage du cirque.
Et quand les deux se rencontrent sur la désormais mythique scène de l’Amphithéâtre Cogeco ….la magie ne peut qu’opérer.
Ce dixième spectacle hommage du Cirque du Soleil à Trois-Rivières est, qu’on se le dise, gé-nial!
J’ai aimé tous les autres que j’ai vus, mais là, aujourd’hui, je suis sul popotin!
Il y a d’abord la musique.
Chaque toune nous met en joie.
Bien sûr, il y en a qui manque, mais du Dôme (30 ans cette année) qui ouvre le show à Paradis perdu en passant par 1990, I Lost my Baby, et La Balade de Toronto, on est servi.
Encore une fois, Jean-Phil Goncalvès booste encore davantage si c’est possible des tounes déjà endiablées sans les dénaturer. Jean-Phi a confié les arrangements de cordes à Antoine Gratton.
La musique, très forte, mais très claire à l'Amphi COGECO, nous atteint au plexus solaire.
On comprend toutes les paroles si importantes des chansons de Jean Leloup, ce pourquoi son univers lucide et sombre sous des allures de joyeux partys, nous rejoint autant.
Pour la première fois depuis le début de la série Hommage, il y a un personnage très ressemblant à la personnalité hommagée sur scène.
Quand Émile Mathieu (son personnage s’appelle L’Enfant-Fou) fait du lipsync sur les chansons, on dirait que Jean Leloup est là avec son large sourire d’enfant émerveillé.
Il y en a aussi un deuxième inspiré du chanteur, le Roi-Pompon, un rôle incarné par un vrai musicien qui ‘’joue de la guitar’’, nul autre que Jesse McCormack.
Le pouvoir de ce spectacle tient beaucoup à sa puissance d’évocation.
Les paroles des chansons se transforment en images grâce à la magie du cirque dont le langage a cette capacité de traduire le trouble, la joie, la grâce, l’abandon, le spleen, l’imaginaire…..nommez-les!
Ça m’amène à vous parler de l’aspect cirque de ce spectacle.
Moi qui suis la multinationale québécoise du cirque depuis les années 1980, le Cirque du Soleil m’a encore une fois surpris. Il y a toujours quelque chose de nouveau dans leurs créations.
Je n’avais encore jamais vu un acrobate faire de la marche inversée (la tête en bas), et jumeler ça à du trapèze.
Le brésilien Weddington Alves est ….renversant!
On se dit : et s’il tombait?
En plus que c’est sur la chanson Voyager:
‘’’Je stationne un peu par ici
Car il faut des fois un accord
Entre la peur et le confort
Entre la voile et le port
Entre la vie et puis la mort
……
Et je ne fais que passer’’
Le mariage des mots de Leloup et du cirque permet de réinventer la jonglerie (le jongleur espagnol Matias Muniz est aussi contorsionniste sur Le Pigeon), de revisiter la manière d’utiliser le tissu aérien (qui combine ici le contrepoids sur la chanson La Chambre qui dit, quand même, ‘’Devrais-je partir ou bien rester, Devrais-je tout laisser tomber’’), et de donner du rebondissement à l’art de faire de l’équilibre sur fil mou.
Dans ce dernier cas, l’acrobate Guillaume Fontaine nous surprend complètement quand, alors qu’il balance sur son fil, il empoigne la guitare qu'on lui envoie du ciel, et se met à chanter à la place de Jean Leloup des bouts de Paradis City et de Je suis parti d’une fort belle voix.
Le spectacle n’est pas avare de grands moments de poésie non plus.
L’extraordinaire chanson Sang d’encre confère au duo sangle du français Arthur Morel Van Hyfte et du Québécois Guillaume Paquin un caractère extrêmement touchant.
J’ai aussi été mystifié par le colombien Nicolas Teusa qui m’a fait découvrir le cerceau magique (je ne suis pas arrivé à comprendre comment fonctionne son rapport avec cet accessoire, magique?).
Ça se passe sur une de mes chansons préférées de Leloup: la si bien nommée Les Moments parfaits.
Et qu’est-ce qui se passe sur la frénétique chanson Voilà?
Un duo perche, le moment le plus saisissant du spectacle!
Le Polonais Mateusz Krajewski porte sa blonde polonaise Monika Oleksiak ‘’jouquée’’ au bout d’une perche qu’il tient entre autres sur son front.
Ayoye! J’ai souffert pour lui, et craint pour elle surtout quand il la fait virevolter au-dessus sa tête pendant que notre chanteur répète inlassablement son mantra: ‘’Je veux te dire que je t’aime, voilà’’.
Tout ça s’est passé sous les yeux de l’hommagé.
À 65 ans, l’artiste qui s’est fait si rare ces dernières années a assisté à la première de Paradis perdus, au grand bonheur de tous ceux qui était dans la salle.
Jean Leloup (plus proche de Jean Leclerc hier soir tant il apparaissait humble parmi tous ces artistes de cirque ) semblait aux oiseaux, corneilles, pigeons, et autres volatiles qui peuplent son univers si foisonnant.
Je ne saurais trop vous dire d’aller voir ce Paradis perdus du Cirque du Soleil.
Pour paraphraser Jean Leloup:
Au-delà de la 40 il existe un pays qu’on dit impossible
Un Paradis perdu
Au-delà du Saint-Laurent, il existe ce spectacle presqu’aussi beau que la folie
S’y produisent des artistes parfaitement sains, parfaitement accueillants
Viendras-tu avec nous,
Ou resteras-tu au sol
Il ne reste que peu de temps, le spectacle est à l’affiche jusqu’au samedi 15 août.
PS
Je n’ai pas mentionné le travail des nombreux créateurs.
Mais je salue leur travail exceptionnel sur cette production à commencer par Marie-Ève Millot pour sa mise en scène d’une grande intelligence émotionnelle doublée d’une efficacité redoutable.
Voici les noms du reste de l’équipe:
Daniel Ross Directeur de création
Nicolas Boivin-Gravel Concepteur des performances
acrobatiques
Jean-Phi Goncalves Directeur musical et arrangeur
Philippe Massé Concepteur costumes
Maryse Gosselin Conceptrice maquillages
Alain Jenkins Concepteur accessoires
Geneviève Lizotte Scénographe
Étienne Boucher Concepteur éclairages
Gabrielle Boudreau Chorégraphe Mouvement
Catherine Girard Chorégraphe acrobatique
Arnaud Gloutnez Assistant à la mise en scène
Chantale Jean Directrice de production
Michel Daudelin Directeur technique
Bonnie Brown Productrice déléguée








