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Je ne serai pas original, mais néanmoins totalement convaincu.

Pour une deuxième année de suite, je vous recommande, à l’occasion de la campagne le 12 août j’achète un livre québécois, Dans l’ombre du mont Royal.

Le tome 2, Le destin de mademoiselle Barély de Sylvain-Claude Filion publié chez Flammarion a été pour moi un régal, tout autant que son précédent roman le secret de Wilfrid Laurier.

À pareille date l’an dernier, je terminais avec regret le tome 1, une brique de 500 pages. J’avais juste envie de connaître la suite.

Eh bien j’ai été servi!

Sur 500 pages, l’auteur nous réserve encore une fois un roman choral trépidant qui se passe principalement à Montréal et Ottawa, mais aussi à Trois-Rivières, Winnipeg, Québec.

Parmi les personnages, on retrouve Mlle Barély, soprano dont la carrière peine à décoller, sa fidèle suivante Léontine, le chef du Parti Libéral du Canada, Wilfrid Laurier, en pleine ascension, son rival conservateur, sir Charles Tupper revenu de Londres pour occuper le poste de premier ministre du pays, des évêques qui se mêlent de politique en chaire, Jean-François, un jeune peintre parti de Kamouraska pour vivre la vie de bohème à Montréal, Phineas Madigan, un Irlandais qui a le bras long, il y a même la femme du Gouverneur général, Lady Aberdeen, qui s’implique pour la cause des femmes, en français svp!

J’arrête ici parce que mon énumération ne rend pas justice à la truculence du récit de Sylvain-Claude Filion.

Ce dernier possède l’art de faire s’entrecroiser avec maestria tous ces destins sur une période relativement courte, de l’hiver 1895 à la fameuse élection du 23 juin 1896 qui a porté Laurier au pouvoir (ndlr : en promettant entre autres un pont à Québec).

Ce livre est touffu, car à travers une part de fiction l’auteur nous abreuve de faits historiques rigoureusement vérifiés, et relatés avec beaucoup de verve.

Il y a des intrigues, des documents qui disparaissent, des filatures, des coups de feu, des procès, des esclandres, on ne s’ennuie pas une seconde.

Les chapitres se terminent comme sur des points d’exclamation qui mènent immanquablement à des revirements inattendus. Les orangistes appellent ça un page turner.

J’avais adoré la richesse du style et du vocabulaire dans le tome 1, et je vous assure que l’écrivain n’a pas baissé la garde pour la suite.

J’ai encore découvert plein de mots du dictionnaire qui décrivent exactement ce que l’auteur veut nous signifier. Dieu que la langue française est riche!

 

Il y a des expressions aussi, comme jouer les sigisbées, décocher la flèche du Parthe, ou arriver en quatre bateaux, ce que fait Mme Joséphine Marchand-Dandurand (épouse de Raoul) lorsqu’elle débarque dans l’atelier du jeune peintre Jean-François et découvre avec effroi qu’il a peint une femme nue.

Il y a également le rappel de faits historiques marquants de l’époque comme la quasi noyade de la femme du Gouverneur général, les débuts d’Émile Nelligan, l’invention du système universel des vingt-quatre fuseaux horaires, la première projection d’un film des frères Lumière au Theatorium de la rue Saint-Laurent.

 

J’ai lu lentement ce livre pour l’étirer, mais aussi parce que le Montréalais curieux de sa ville que je suis n’a pu s’empêcher d’en savoir plus sur des lieux nommés dans le livre, mais aujourd’hui disparus.

C’est ainsi que j’ai appris l’existence de l’Asile Sainte-Darie. Cette prison des femmes se trouvait sur Fullum, là où s’élève aujourd’hui le QG de la SQ.

J’ai découvert que l’Hôpital Général a déjà été sur Dorchester, angle Saint-Dominique.

J’ai appris qu’il y a déjà eu un YMCA au square Dominion, à côté de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, qui s’appelait lors de son inauguration la cathédrale Saint-Jacques-le-Majeur.

 

Et que dire de Fletcher’s Field (l’actuel parc Jeanne-Mance) qui attirait des foules lors de sa grande exposition florale annuelle, et l’importance du parc Somher, voisin de la brasserie Molson, lieu de prédilection pour les grands et interminables meetings politiques où les tribuns haranguaient les foules pendant des heures.

L’auteur brosse aussi un tableau intéressant de la place des femmes dans cette société machiste.

 

Sa Mlle Barély est une féministe avant l’heure.

Attendez de voir le destin qui l’attend, un destin que j’aimerais bien voir se détailler dans un tome 3.

Est-ce trop demander à notre auteur?

 

En tout cas pour l’heure, je suis un lecteur satisfait et comblé.

Je vous en souhaite autant à la lecture de cette suite.

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