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La bataille de Gaulle-Liberté
20-09-2026

J’ai un peu résisté au premier film du diptyque La bataille de Gaulle, Résistance, même si l’histoire qu’on m’a racontée m’a ébloui au point de vouloir obstinément voir la suite. Le deuxième film, Liberté, m’a complètement conquis.

 

Dans le premier, le réalisateur Antonin Baudry nous a bien fait comprendre que le sort de la France s’est beaucoup joué en Afrique, un angle rarement développé au cinéma. Pourtant quand on retourne aux livres d’histoire, c’est bien à partir de ce continent que les partisans de de Gaulle et de la France libre arriveront à mettre en échec le gouvernement de Vichy, et torpiller les velléités américaines sur ce pays affaibli par l’occupation allemande et un gouvernement de collaboration.

 

Le film 2 commence en janvier 1943.

 

En ce début d’année, le général Leclerc (1902-1947), un fidèle de Charles de Gaulle, lance une offensive dans la région du Fezzan italien dans le désert de la Libye.

 

Ses troupes compte 4 000 Africains et 600 Européens appuyés par le groupe aérien Bretagne. Leur détermination leur permet d’avancer en Tunisie, de s'emparer de Gabès, Kairouan, et, ultimement, de défiler victorieusement à Tunis en avril 1943. (des villes que j’ai visitées 41 ans plus tard)

 

La reconstitution de ces batailles gagnées au prix de beaucoup de vies humaines, dans un désert impitoyable pour tout le monde, est saisissante.

 

Le film, qui dure 2 heures 37 minutes, commence à peine et on est aussitôt galvanisé.

 

Enfin, il y a de l’espoir dans le camp des partisans de la France libre. Rien à voir avec l’abattement qui vient avec la capitulation au début du premier film, et la solitude de de Gaulle dans les premières heures de sa résistance.

 

Leclerc nous apparaît très tôt dans le film comme un meneur d’hommes fabuleux.

 

Pendant que de Gaulle use de stratégie et projette une image de chêne qui ne plie devant aucune situation, et pas plus devant ses vis à vis anglais et états-uniens, Leclerc est celui qui accumule les victoires sur le terrain. Sous le feu des bombes, canne à la main, comme un chef d’orchestre avec sa baguette, il est le véritable héros du film.

 

Quel rôle extraordinaire à défendre pour le comédien Niels Schneider.

 

La tâche n’a pas dû être simple cependant, car ses répliques ne sont pas tant des ordres à ses troupes que des envolées oratoires pour convaincre, convaincre ses soldats marocains, tunisiens, algériens, sénégalais, camerounais, tchadiens, etc., de risquer leur vie pour un idéal …tricolore.

 

‘’Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg.’’

 

Ces adjurations, faites sur un champ de bataille à des troupes à cran, le comédien doit les vociférer dans le désert, avec des mouches qui lui tournent autour de la tête.

 

Difficile d’être nuancé dans un tel contexte, mais Schneider s’acquitte pourtant de sa mission avec brio. Niels, l’ainé de la fratrie Schneider (Volodia, Aliocha, Vassili) m’a tiré les larmes.J’étais fier de voir cet acteur montréalais issu de l’immigration (que j’ai découvert dans Les Amours imaginaires de Xavier Dolan en 2020) être celui par qui les mots généreux, patriotiques, et inspirants de Leclerc nous parvenaient 50 ans plus tard.

 

Leclerc, tel que présenté dans ce film de fiction, inspire. Il n’existe plus vraiment de modèle de ce genre.

 

Incarné ce rôle marquera Niels Schneider à jamais, j’en suis persuadé.

 

En voyant ce général compter sur chacun de ses hommes (des Français de souche, mais aussi des noirs, des arabes, des indochinois, des républicains espagnols) pour vaincre l’ennemi et sauver l’honneur de la France, impossible pour moi de ne pas penser à ces politiciens qui, en pleine campagne électorale, pensent qu’on peut faire un pays sans compter sur les immigrants. C’est une grossière erreur et un grand manque d’ouverture.

 

Autre élément qui nous ramène à l’actualité: le rapport des États-Unis avec la France libre.

 

La francophilie du président Roosevelt ne l’a pas empêché d’être aussi ulcéré par l’indépendance de de Gaulle, que zélé à mater ce pays coq.

 

Ça rappelle pas mal le syndrome Trump.

 

J’ai été consterné d’apprendre dans ce film que les États-Unis ont imprimé, en 1944, des billets destinés à remplacer la monnaie française.Que le président américain a même souhaité démembrer la France pour créer à la place un nouvel État de Wallonie. Les cartes géographiques étaient prêtes à la Maison Blanche.

 

Tout ça ne s’est pas fait parce que de Gaule a joué les trublions.

 

En passant, le comédien Simon Abkarian a plus d’occasions de briller dans ce deuxième film. En plus des nombreuses bonnes lignes que lui ont écrit les scénaristes Antonin Baudry et Bérénice Vila, c’est fascinant de voir comment ce géant impérial manœuvre pour intégrer le Gouvernement provisoire d’Alger, comment il enfirouape son vis à vis, le général Henri Giraud (Thierry Lhermitte donne un petit côté Pignon du Dîner de con à son personnage), comment il tient la dragée haute à Roosevelt (il y a une photo célèbre pour le démontrer), et comment il parvient à toujours toucher la corde sensible de Churchill (excellent Simon Russell Beale ) à l’égard de la France.

 

Jusqu’à la dernière minute, les Américains tenteront, sans succès, de neutraliser de Gaule et ses troupes, malgré leurs succès militaires, l’appui des colonies, et l’action clandestine de la Résistance.

 

J’ai trouvé que tout l’aspect de la résistance est mieux développé dans le deuxième film. Avec Jean Moulin comme personnage pivot, on ne se trompe pas. Le film nous le présente comme un leader capable de rallier des hommes politiques égarouillés autour d’une cause commune, la défense de la France contre tous ses ennemis.

 

La scène du vote d’appui d’une poignée de parlementaires au Gouvernement provisoire nous montre combien les Français peuvent souvent être leur propre ennemi.

 

Cette réunion clandestine donne l’image d’une basse-cour pleine de petits coqs pas de tête devant, pourtant, une urgence nationale.

 

N’est-ce pas de Gaulle qui a dit : ‘’Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ?’’

 

Dans le même ordre d’idée, moi qui pensais que dans l’armée les ordres étaient des ordres, j’ai été interloqué de voir à quel point le général Leclerc n’en a fait qu’à sa tête.C’est lui qui, le 24 août 1944, a dit au commandant Dronne: ‘’Dronne, filez droit sur Paris, entrez dans Paris !’’, en dépit de l’ordre américain d’attendre.

 

La France s’est ainsi épargnée une guerre civile, et a pu prendre à son compte la Libération de Paris.

 

Voilà pourquoi La bataille de Gaulle est un film si important. C’est une leçon d’histoire qui nous montre un exemple d’hommes qui ont cru en la grandeur de leur pays menacé, et l’ont défendu avec le concours de tous ceux qui croyaient en ses valeurs.

 

À l’heure où notre mauvais voisin américain nous maltraite, ce film nous fournit un bel exemple à méditer.

 

*********

 

Un tel film soulève plein de questions, voici quelques réponses à quelques unes que je me suis posées.

 

Durant le film, on constate que de Gaulle a beaucoup voyagé. Londres, Alger, Dakar, Brazzaville, etc.

 

Est-il venu au Canada?

 

Le 11 juillet 1944, de Gaulle visite le Canada pour la première fois.

Dès sa descente de l’avion, il est reçu par le premier ministre du Canada, William Lyon Mackenzie King, qui le traite en chef d’État.Il visite ensuite Québec et Montréal.

 

Voici comment on raconte son passage dans la Province de Québec sur le site manegemilitaire.ca:

 

‘’Le général allonge son voyage d’une journée pour se rendre à Québec. C’est dans le brouillard qu’il quitte la capitale fédérale pour la capitale provinciale au matin du 12 juillet 1944. Le petit avion atterrit à l’aéroport de L’Ancienne-Lorette. Précédée par une douzaine de motos de la police, la voiture du général parcourt la Vieille Capitale jusqu’à l’hôtel de ville. Il reçoit un chaleureux accueil du maire Lucien Borne et d’un grand nombre de personnalités de la capitale, dont le docteur André Simard, du Comité de la France Libre de Québec. Fait à noter, c’est à Québec qu’a été créé le tout premier comité de la France Libre hors de l’Angleterre. Le Général se rend ensuite à la résidence officielle du Lieutenant-gouverneur.L’après-midi même, le Général de rend à Montréal, où il visite le parc La Fontaine et dépose une couronne de fleurs au pied du cénotaphe érigé à la mémoire des soldats français ayant donné leur vie pendant la Première Guerre mondiale. Il rencontre ensuite le premier ministre québécois, Adélard Godbout, et le maire de la métropole, Adhémard Raynaud. Il y signe le livre d’or de la Ville. D’un balcon de l’hôtel Windsor, le général prononce un discours devant une foule de quelques centaines de partisans massés au carré Dominion. Beaucoup de Français sont également sur place pour entonner la « Marseillaise » avec le Général. Enfin, le soir même, le Général prend à nouveau l’avion et quitte le Québec, sans savoir qu’il n’y reviendra qu’en 1960.Quelques semaines après le passage du général de Gaulle au Québec, la Ville Lumière est enfin libérée de l’occupant allemand. Le 25 août, les troupes menées par le général Leclerc parviennent à chasser les nazis : la Libération permet à la France de retrouver son unité et sa souveraineté. De Gaulle se réinstalle au ministère de la Guerre, à Paris, signifiant que Vichy était une parenthèse et que la République n’a jamais cessé d’exister. Le lendemain, 26 août, il descend triomphalement les Champs-Élysées.’’

 

Parlant du général Leclerc, il est assez surprenant de constater qu’il n'y a pas au Québec de monument répertorié dédié au général Philippe Leclerc de Hauteclocque.

 

Et pourquoi, Leclerc a-t-il toujours une canne à la main?

 

En raison d’une blessure subie à la suite d’une chute à cheval dans les années 1930. D'autres disent que c'est un accessoire dont il usait à la chasse. Avec sa canne, il fouillait les bosquets pour en faire sortir le gibier.

 

Leclerc est mort le 28 novembre 1947 dans l’écrasement de son avion en pleine tempête de sable dans le Sahara algérien. Le célèbre libérateur de Paris et de Strasbourg pendant la Seconde Guerre mondiale avait 45 ans.

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