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La bataille de Gaulle-Résistance
20-08-2026

Vu De Gaulle STOP pas si emballé STOP appris beaucoup STOP and END

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Dans Résistance, le premier film du diptyque La bataille de Gaulle, qui a récolté près de 100 000 $ au box-office québécois pour son premier week-end en salle, nous sommes en 1940, c’est l’ère de la communication en morse, par télégramme et par ondes courtes (Ici Londres!)

 

Je n’aurais pas pu parler de ce film d’une durée de 2 heures 40 avec ces outils. Il y a trop à dire.

Je serai aussi long que de Gaulle était grand, au propre comme au figuré.

C’est certain que sa taille a joué sur sa manière de dominer les situations, et ses vis-à-vis, comme le long-métrage le démontre bien.

En 1939, Charles de Gaulle approche de la cinquantaine, il est un héros de la Première Guerre pendant laquelle il a été gravement blessé (remarquez les cicatrices à la poitrine et au genou dans la scène du bain), en plus d’avoir vécu en captivité pendant deux ans et demi, notamment en Biélorussie (ce qui lui a donné une connaissance intime des Russes, absents du film par ailleurs).

Quand arrive la Deuxième Guerre, le militaire a déjà la réputation d’avoir une tendance à l’insubordination, de contester la hiérarchie militaire.

Le film commence avec la bataille de Montcornet en mai 1940.

Il est le kamikaze en chef chargé de contrer les blindés allemands qui approchent.

À partir de là, tout va très vite.

Les loups entrent dans Paris, et le maréchal Pétain, autrefois le protecteur du jeune de Gaulle, capitule.

Pour de Gaulle, capituler n’est pas français.

Des studios de la BBC à Londres, il lance, le 18 juin 1940, un appel à le joindre pour défendre la France libre.

Ce jour-là, le général n’a pas sous le képi les 27 années de bravades, de victoires, et de capital de sympathie qui lui vaudra d’être acclamé à Montréal pour son fameux Vive le Québec libre!

 

Non, son appel connaît peu de retentissement.

Voilà une des premières choses que le film nous révèle: de Gaulle était bien seul à Londres, même qu’en France, on le déchoit de ses titres, on le condamne à la prison, et lui retire sa citoyenneté française.

C’est de peine et de misère qu’il se constitue une équipe.

Tout ça est dans le scénario, mais visiblement cela n’entame aucunement les convictions de de Gaulle, un homme auquel le comédien d’origine arménienne, Simon Abkarian (autrefois comédien au Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine), donne l’apparence d’être en Téflon, imperturbable et mécanisé.

C’était peut-être la manière de jouer le personnage, mais pour moi, cette interprétation rigide a considérablement tempéré mon enthousiasme à l’égard du film que j’ai trouvé froid.

Cependant, l’angle que le réalisateur et scénariste Antonin Baudry a choisi de développer m’a, lui, complètement subjugué et instruit. J’ai quand même été obligé de lire beaucoup pour mieux comprendre après coup les événements qui se télescopent dans le film, malgré sa durée.

De tous les films portant sur cette période que j’ai vus dans ma vie, c’est la première fois que je vois une histoire s’intéressant vraiment au sort de la France qui n’était pas qu’Hexagone à cette époque, mais plutôt un grand empire colonial qui faisait rayonner la langue française aux quatre coins du monde.

Ce n’est pas un hasard si cela vient d’Antonin Baudry.

Ce dernier a porté plusieurs chapeaux avant d’aboutir au cinéma: ingénieur de formation, diplomate (chargé de mission au cabinet du ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin. Il participe d’ailleurs à l'écriture du mémorable discours de son ministre aux Nations unies en février 2003), scénariste de bandes dessinées (la BD Quai d’Orsay).

Ce Baudry a la fibre patriotique.

Dans le premier de ses deux films sur de Gaulle, coécrit avec son épouse Bérénice Vila, Baudry nous amène sur un front dont le cinéma, surtout américain, ne parle jamais: l’Afrique et la Deuxième Guerre.

Avez-vous déjà entendu parler de la bataille de Dakar, ou l’opération Menace sous son nom de code?

Moi pas.

Le film de Baudry nous fait découvrir le rôle capital des armées coloniales françaises dans ce conflit.

J’y ai découvert aussi l’incroyable bataille de Bir Hakeim.

Jusqu’ici, Bir Hakeim c’était le nom de la station du métro non loin de l’hôtel où je réside quand je vais à Paris, alors qu’il s’agit d’un point d’eau désaffecté au milieu du désert de Libye. Un lieu hostile en temps de paix, un enfer en temps de guerre.

Avec grand renfort d’effets spéciaux, je sais maintenant que cette bataille, qui s’étire du 27 mai au 11 juin 1942, a donné du fil à retordre à l’Afrikakorps du général allemand Erwin Rommel.

Pourtant, la 1re division française libre, dirigée par le général Koenig, un fidèle de de Gaulle, était en sous-nombre, composée de Français venus de tous les horizons: volontaires, étrangers, tirailleurs coloniaux, Noirs, Pacifiens, Indochinois, Malgaches, Nord-Africains, Libanais, Pondichériens.

Beaucoup sont morts pour la France libre dans ce combat éclair.

Leur combativité envoie à l’époque un signal: les hommes qui se battent pour de Gaulle ont bien compris son appel du 14 juillet 1941 à Brazzaville:

‘’Soyons fermes, purs et fidèles. Au bout de nos peines, il y a la plus grande gloire du monde, celle des hommes qui n'ont pas cédé.’’

L’Empire colonial français, on peut regarder ça avec horreur aujourd’hui, comptait, en 1936, 69 millions d’habitants, et la France, 41,5 millions.

Ensemble, cela représentait 5,15% de la population mondiale.

Pendant la Deuxième Guerre, les territoires français d’Outre-mer sont manifestement un enjeu central. De 1940 à la mi-1943, Charles de Gaulle peut les compter dans son camp, au grand dam du régime de Vichy.

Brazzaville a même été la capitale de la France libre d'août 1940 à juin 1943.

Tout cela ressort dans Résistance, et on voit bien que pour Churchill et Roosevelt cela constitue un os dans leur stratégie militaire, aussi francophiles furent-ils.

C’est quand même formidable de penser que Winston Churchill et Franklin Delano Roosevelt (FDR) parlaient français, la langue des Lumières.

De Gaulle avait plus qu’un pays à sauver, c’est toute une culture, une langue même, qui était menacée avec l’occupation allemande, et la probable rapacité américaine advenant une victoire des Alliés.

Ce film déroge des scénarios américains triomphants habituels. Il nous fait réaliser que les Américains ont libéré la France, mais qu’avant de le faire, ils n’ont pas été très durs à l’égard du gouvernement de Vichy.

Les béni-oui-oui étaient manifestement plus faciles à gérer que l’électron libre nommé de Gaulle.

C’est évident quand on voit la réaction ulcérée de Roosevelt devant la décision de de Gaulle d’envoyer ses troupes pour protéger les îles de Saint-Pierre et Miquelon. Ce ralliement à la France libre est survenu la veille de Noël en 1941. FDR n’a pas vu ça comme un cadeau!

Parallèlement à toutes ces tractions politiques et diplomatiques, le film suit un jeune parisien du nom de Fernand Bonnier de La Chapelle séduit par l’idée de résister. Il participe notamment à la manifestation du 11 novembre 1940 devant l’Arc de Triomphe, durement réprimée par les forces d’occupation. C’est une des bonnes reconstitutions du film.

Si on ne connaît pas le rôle que Bonnier de La Chapelle a joué dans l’histoire de France, c’est un peu long avant qu’on comprenne pourquoi il revient si souvent. Je vous laisse la surprise de son geste, même s’il est bien inscrit dans tous les livres d’histoire.

Le film Résistance se termine d’ailleurs avec ce rebondissement.

Nous pourrons reprendre le cours du récit le 11 septembre prochain lorsque sortira en salle la deuxième partie de La bataille de Gaulle, Liberté.

J’y serai!

De choses et d’autres sur le film et sur de Gaulle et le Québec.

Je l’ai mentionné plus haut, la sortie du premier des deux films du diptyque La bataille de Gaulle a fait un box office de 100 000 $ à son premier week-end au Québec.

En France, la sortie du film le 26 juin, a donné des sueurs froides aux producteurs qui ont englouti un budget colossal de 75 M € dans cette galère.

380 000 spectateurs lors de ses sept premiers jours d'exploitation en salles équivalaient à une catastrophe.

Comme l’appel du 18 juin 1940, de Gaulle le film a suscité l’indifférence des Français.

Mais comme il y a 86 ans, le temps (et le magnétisme du nom de Gaulle) a fait son œuvre….ainsi que la canicule.

Il faisait si chaud en France que l’offre de se réfugier au frais pendant presque trois heures, avec le père de la Ve République, est devenue un bon plan.

L’achalandage en hausse dans les salles a même convaincu les distributeurs de devancer la sortie de la suite. À ce jour, 4,3 millions de Français qui ont vu les deux volets de La bataille de Gaulle.

 

Cela ne change en rien que ce film a été un pensum à faire, selon le magazine Le Point qui a publié un dossier pour raconter le lot d’épreuves et de chaos que cette production a traversé.

Son tournage a duré 150 jours, de la mi-juillet 2023 à la fin juillet 2024 peut-on lire sur le site du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Il a fallu bloquer la Place de l’Étoile pour tourner la scène de la manifestation du 11 novembre 1941. Ça s’est fait à Paris au mois d’août!

À la mi-septembre 2023, l’équipe s’est déplacée au Maroc pour tourner, d'octobre à novembre, les scènes de bataille dans le désert.

Dans le deuxième épisode, on verra davantage le général Leclerc, de son vrai nom Philippe de Hauteclocque. Le personnage est incarné par le jadis Montréalais Niels Schneider.

Les scènes londoniennes ont été faites en studio à Bry-sur-Marne.

La BBC, c’est donc du fake.

Mais le meilleur, nous dit le CNC, ‘’c’est que la scène dans laquelle un bateau vogue sur une rivière du Cameroun a été filmée… dans l'Oise !’’

 

On a évidemment eu beaucoup recours aux effets spéciaux pour recréer l’époque.

C’est le studio parisien BUF Compagnie qui a obtenu le contrat. On a déjà vu leur nom au générique des films Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve, Histoire de PI d’après le roman de Yann Martel, Eiffel de Martin Bourboulon, Le comte de Monte-Christo de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, Le Chant du Loup, premier film d’Antonin Baudry, qui renoue donc ici avec une équipe qu’il connaît.

Et il y a un petit peu de nous autres dans les effets spéciaux, car le studio BUF du boulevard Saint-Laurent à Montréal a été mis à contribution.

Dans l’interminable générique du film, écrit en pattes de mouche, le nom du Québec ressort en grosses lettres grâce à la contribution de la SODEC.

Cela m’amène à parler de l’empreinte du général de Gaulle au Québec au-delà de son célèbre ‘’Vive le Québec libre’’ lancé du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal qu’une plaque commémore à cet endroit précis.

En terme de toponymie, Charles de Gaulle a donné son nom au pont qui relie Montréal à Repentigny. Cette appellation date de 1985, l’année du 15e anniversaire de la mort du général. Le pont, qui a été construit en prévision de l’Exposition universelle de Montréal de 1967, n’a ironiquement pas été emprunté par le cortège du président français cette année-là. Il était plutôt passé par le pont Le Gardeur.

Autrement, selon le décompte de la Commission de toponymie du Québec, il y a une rue Charles-de Gaulle à Sainte-Julie, un parc Charles-de Gaulle à Châteauguay, et une place Charles-de Gaulle à Montréal.

Cette dernière est située au parc La Fontaine, devant l’hôpital Notre-Dame.

Elle a été ‘’inaugurée le 16 juillet 1992 par le maire de Paris, Jacques Chirac (1932-2019), qui a alors dévoilé un obélisque de dix-sept mètres de hauteur en hommage au célèbre général. Le maire de Montréal, Jean Doré (1944-2015), a reçu ce cadeau à l’occasion du 350e anniversaire de la fondation de Montréal’’ peut-on lire sur le site de la Commission.

L’œuvre a été réalisée par l’artiste français Olivier Debré.

Sur une plaque, on a retranscrit la fameuse citation du 14 juillet 1941 à Brazzaville:

‘’Soyons fermes, purs et fidèles. Au bout de nos peines, il y a la plus grande gloire du monde, celle des hommes qui n'ont pas cédé.’’

Depuis 1997, la Ville de Québec a son monument Charles-De Gaulle sur le cours du Général-De Montcalm, près du parc des Champs-de-Bataille. Œuvre du sculpteur Fabien Pagé, le bronze rend hommage au rôle du président Charles de Gaulle dans l’établissement de liens fructueux entre la République française et le Québec.

N’oublions pas en terminant le buste de Charles de Gaulle devant la maison de la Société Saint-Jean-Baptiste, rue Sherbrooke Ouest, depuis 2009.

Le buste fait partie d’un monument appelé Vive le Québec libre de l’artiste Alain Aslan, ‘’sculpteur de renommée internationale et détenteur du grade de Grand Commandeur des Arts et des Lettres françaises’’, celui qui a fait la Marianne avec Brigitte Bardot pour modèle.

Rappelons que ce monument a été offert gracieusement à la SSJBM par l'éditeur Michel Brûlé. Il se trouvait auparavant devant les bureaux des Éditions des Intouchables, rue Saint-Denis.

Lors de l’inauguration, Mario Beaulieu, alors président de la SSJBM, s’indignait que les maires de Montréal Doré, Bourque et Tremblay n’aient successivement pas daigné accorder à ce monument un site digne de ce géant du XXe siècle.

Un jour, le Journal de Montréal a rapporté la disparition de la tête en bronze de de Gaulle.

Je n’ai rien trouvé concernant sa récupération, mais j’ai constaté que le profil du général est toujours visible rue Sherbrooke.

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