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La meilleure façon, c'est par accident
21-09-2026

J’élimine beaucoup de films qui prennent l’affiche à la seule vue de leurs bande annonces.

Celle, tellement bizarre, de La meilleure façon, c'est par accident, m’a à ce point intrigué que je ne pouvais pas ne pas aller voir cet ovni de film au Cinéma du Parc.

Même par un beau dimanche après-midi de fin d’été.

La meilleure façon, c'est par accident est un documentaire filmé, monté et réalisé par Noémie D. Leclerc. Elle est aussi co-productrice avec son chum Hubert Lenoir, qui fait également la musique, contribue à la bande son, en plus d’être deuxième caméra.

Un affaire de couple, et de famille (la mère et le grand-père de Noémie sont dans le docu).

D’ailleurs, le titre du film est emprunté à une expression de Marcel, le grand-père.

Plus que ça, cette idée que les meilleures choses arrivent par accident a manifestement guidé le tournage.

On est tout à fait dans le cinéma direct.

Le début est flou, on a l’impression que la réalisatrice tend des perches (au propre comme au figuré) pour voir où cela la mènera.

Elle braque sa caméra devant les quelques sujets qu’elle a choisis, et leur demande de réagir à la fin du monde, de parler de leur anxiété, de leurs amours, de leurs ambitions, de nommer leur plus grand rêve.

En plus de son grand-père (entrepreneur à la retraite aux yeux bleus) et de sa mère (inconsolable depuis la perte de son second conjoint, celui qui a élevé ses enfants), elle rencontre entre autres un cow-boy qui s’initie au rodéo, une actrice en début de carrière, un futur médecin qui rêverait plutôt de faire du gros rock, un technicien qui nettoie le calcium qui s’accumule sur les piles du pont Pierre-Laporte.

Elle s’entretient avec ce dernier, assis sur une poutre, entre le ciel et le fleuve.

Cela nous vaut une scène hallucinante où il nous pointe deux plaques d’acier du pont qui bougent, mais pas à peu près, comme si la structure respirait.

Les propos que la réalisatrice recueille nous permettent d’humer l’air du temps, de prendre le pouls d’une jeunesse angoissée, mais très à l’aise à nommer ce qui ne va pas, et pas pour autant empêchée d’avancer.

Ce qui m’a surpris le plus dans ce film, c’est la forme.

Moi qui ai travaillé en télé toute ma vie avec des cameraman et des perchistes en respectant scrupuleusement les règles établies, je n’en suis pas revenu de la liberté que Noémie D. Leclerc s’est donné en tournage et en montage.

Ça n’a même rien à voir avec le style jadis funky de Musique +.

Tellement que le perchiste, qu’on n’est jamais censé voir dans l’image, encore moins son boom poilu, est ici omniprésent. Il devient même un personnage de l’histoire.

Donner la parole à un perchiste: il fallait y penser! Ces gars-là, qui entendent tout et ont la relation la plus intime avec nos invités (l’art d’installer un micro lavalier!), ont toujours quelque chose à dire qui mérite d’être entendu.

On sent dans ce film un besoin naturel de faire quelque chose de nouveau, de différent, en se foutant des codes.

Ce qui apparaît comme du chaos à l’écran finit par donner un tout cohérent et d’une grande sensibilité qui soutient notre attention du début à la fin.

Oui, un ovni cinématographique.

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