
photo: Pierre Dury
11-Septembre 2001:
Tout l'art perdu avec l'effondrement du World Trade Center
05-09-2026
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À quelques jours de la commémoration des Attentats du11-Septembre 2001, je replonge immanquablement dans mes souvenirs personnels de ce jour funeste où j’étais à New York.
Occupé à toujours ressasser le même fil des événements de ma journée, il y a plein d’histoires que j’ai laissées de côté au fil des ans.
25 ans après le fait, j’ai décidé de m’intéresser à ce qui a disparu avec l’effondrement de ces tours emblématiques. Mon intérêt pour l’architecture et l’art public m’a fait ouvrir une boîte de Pandore.
Je découvre d’abord que l’architecte du World Trade Center (WTC) est Minoru Yamasaki (1912-1986), un Américain né à Seattle de parents japonais. On lui doit également la bibliothèque de l’Université de Régina dans les années 1960.
Son idée de construire des tours jumelles de 110 étages chacune exige qu’on trouve une façon d’humaniser l’environnement de ces tours, les plus hautes du monde.
Ce sera par l’art public!
À ce propos, le magazine français Beaux-Arts écrit ceci dans un article publié en 2023:
‘’S’inspirant de la politique mise en place en France dans la reconstruction,
1 % du budget de construction avait en effet été dédié à la commande de créations contemporaines.’’
La Plaza du WTC deviendra donc un véritable parc de sculptures en pleine ville.
Les artistes approchés sont surtout des vedettes du milieu de la sculpture: Alexander Calder (1898-1976), Masayuki Nagare (1923-2018), James Rosati (1911-1988), Elyn Zimmerman (1945-), Fritz Koenig (1924-2017), Louise Nevelson (1899-1988).
Il y a aussi une contribution de Mirò qui accepte de faire une tapisserie dont le titre est World Trade Center Tapestry.
Lorsque les tours s’effondrent, après avoir été la cible de deux avions de ligne pilotés par des terroristes, ces œuvres sont détruites sous le poids des décombres.
Une seule sera rescapée dans sa totalité, mais amochée, Sphere de Fritz Koenig produite en 1971, aujourd’hui installée au Liberty Park de New York.
Le Mémorial du 11-Septembre expose pour sa part la seule pièce retrouvée du stabile Bent Propeller créé par Calder en 1970.
Il n’y a pas que ces sculptures qui sont détruites, les collections d’art privées qui se trouvent dans les deux tours disparaissent aussi. On parle de collections d’envergure appartenant à de grandes banques, compagnies d’assurance et de courtages.
Le tribut est énorme.
‘’Selon l'assureur AXA Art, il s'agit du plus grand sinistre de l'histoire pour l'industrie de l'assurance d'œuvres d'art. Environ 100 millions de dollars pour les collections privées, et 10 millions pour l'art public.’’
Le cas de la firme Cantor Fitzgerald est particulièrement dramatique. Cette banque d'investissement fondée en 1945, dont le logo est ‘’Le Penseur’’ de Rodin (dont un exemplaire se trouve à la réception), occupe les 101e, 102e, 103e, 104e, et 105e étages de la tour Nord du WTC.
Lorsque le Boeing d’American Airlines s’encastre dans le 80e étage de la tour Nord à 8:46, les employés de Cantor Fitzgerald se trouvent à être prisonniers de leur bureau. Impossible pour eux de descendre par les ascenseurs ou les escaliers.
Au total, 658 des 960 employés de Cantor ont péri ce jour-là, plusieurs ayant choisi de sauter dans le vide.
Parmi ceux qui ont échappé à ce tragique destin, le patron de l’entreprise Howard Lutnick, l’actuel Secrétaire au Commerce de Donald Trump. Il était allé reconduire son fils dont c’était le premier jour à la maternelle.
Il est intéressant de rappeler que 20 ans plus tôt le 105e étage était littéralement un musée. Le B. G. Cantor Sculpture Center avait une superficie de 4000 pieds carrés ce qui lui a valu le nom de ‘’plus haut musée du monde’’, un record consigné dans le Guinness Book of World Records.
Le Centre a duré un temps, car l’accès aux expositions était rendu compliqué en raison de son vertigineux emplacement, et l’entreprise avait besoin d’espace pour ses employés.
Les œuvres d’art n’en ont pas moins continué à être présentes dans les tours.
Il y a même eu de la création artistique au WTC.
Sur son site, le 911 Memorial & Museum raconte l’existence de résidences d’artistes aux 91e et 92e de la tour Nord, de 1997 à 2001:
‘’Le Lower Manhattan Cultural Council (LMCC), en partenariat avec la Port Authority of New York and New Jersey ainsi qu'avec d'autres entreprises et fondations, a parrainé deux programmes de résidence : World Views et Studioscape. Ces programmes mettaient gratuitement des ateliers à la disposition des artistes dans la tour Nord. Durant leur résidence, les artistes bénéficiaient d'un accès 24 heures sur 24 à des bureaux inoccupés situés aux 91e et 92e étages, ainsi qu'à plusieurs autres niveaux. Ce cadre exceptionnel a inspiré de nombreux participants à créer des œuvres reflétant la perspective unique qu'offrait cette hauteur.’’
Torild Stray, artiste d'origine norvégienne faisant partie de la première promotion du programme World Views en 1997, a notamment créé un dessin de Manhattan au fusain durant sa résidence. Elle en a fait don au 911 Memorial & Museum.
Dans une autre publication, je vais revenir sur tous ces artistes québécois qui avaient un rendez-vous dans la grosse pomme dans le cadre de la grande vitrine culturelle ‘’Québec-New York’’ qui devait commencer le 13 septembre 2001 au pied du World Trade Center.













