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Pauline Julien-Femme pays
25-09-2026

Après avoir vu Pauline Julien-Femme pays, je n’ai que le mot souveraine en tête pour qualifier cette artiste qui, dans sa catégorie, a atteint le plus haut degré de qualité (comme le veut aussi le sens du mot souverain), et cela en vivant sa vie en toute liberté et indépendance.

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Tout un personnage cette Pauline Julien née en 1928 à Trois-Rivières, qui interrompt sa vie en 1998 pour en finir avec l’aphasie, ce trouble du cerveau qui lui coupe la parole, un mot après l’autre, elle, la femme d’idées.

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Pauline Julien, en plus d’être une grande interprète, autrice de chansons, comédienne, et militante indépendantiste, a été un formidable exemple de féminisme à la québécoise, qui surprenait même les Français comme on peut le voir dans le film.

Au pays du monokini, chanter sans soutien-gorge fait sourciller!

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Il fallait une femme pour faire ce film.

Anaïs Barbeau-Lavalette aborde, en connaissance de cause, toutes les facettes de ce qu’est une femme entière.

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La réalisatrice a évité d’y aller chronologiquement, un ronron petit patapon qui n’aurait pas fonctionné pour raconter une telle vie.

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Son film propose au contraire un récit éclaté, libre, fait d’aller-retours dans le temps qui siéent parfaitement à ce personnage qu’on a un jour qualifié de pasionaria.

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Voilà un mot emprunté à la langue espagnole (ce qui explique sa graphie) qui la définit bien: femme qui défend activement une cause, avec, dans son cas, tout un tempérament latin.

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En plus, elle, c’était plusieurs causes, comme on l’a dit.

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Permettez-moi d’insister sur son ouverture aux autres, notamment l’étranger qu’elle a si bien défendu dans ses chansons.

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Que ce soit dans La chanson difficile de Georges Dor, un texte qui a plus de 60 ans!

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‘’Quand je marche je marche vers toi

Toi l'autre à l'autre bout du monde

Toi le Chinois, toi l'Africain

Toi l'Esquimau, toi l'Indien

….

La marche est pas difficile

Il suffit de faire un pas

Et de ne pas s'arrêter

Pour s'endormir en chemin

On finira par se rejoindre

Pour partager notre pain’’

 

Ou la sienne, L’Étranger, dans laquelle elle nous dit que sa propre différence de femme indépendante, qui fait les choses à sa manière, la range dans le camp des autres:

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‘’Aujourd'hui l'étranger

C'est moi et quelques autres

Comme l'Arabe, le Noir, l'homme d'ailleurs, l'homme de partout

C'est un peu comme chez nous

On me regarde en souriant

Ou on se méfie

On change de trottoir quand on me voit

…

On est toujours l'étranger de quelqu'un

Dépaysée, au bout du monde

….

Croyez-vous qu'il soit possible d'inventer un monde

Où il n'y aurait plus d'étranger’’.

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Cette chanson, écrite en 1972, était la face B d’un 45 tours qui avait comme face A la très populaire Croqueuse de 222 de Michel Tremblay et Pierre Leduc.

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En 1972, ça fait déjà une dizaine d’années qu’elle vit avec Gérald Godin, Trifluvien comme elle.

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Sa chanson L’étranger, il la connaît par cœur quand il devient ministre de l’Immigration du Gouvernement Lévesque en 1980. Ça ne lui a certainement pas nui de se faire chanter ces paroles dans l’oreille par sa dulcinée.

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Lui même écrira, en 1983, un poème sur ce thème:

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‘’Sept heures et demi du matin métro de Montréal

c’est plein d’immigrants

ça se lève de bonne heure

ce monde-là

le vieux cœur de la ville

battrait-il donc encore

grâce à eux

ce vieux cœur usé de la ville

avec ses spasmes

ses embolies

ses souffles au cœur

et tous ses défauts

et toutes les raisons du monde qu’il aurait

de s’arrêter

de renoncer’’.

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Le texte s’intitule Tango de Montréal.

On peut le lire sur un mur du Plateau-Mont-Royal, ce quartier où ils ont longuement vécu.

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Il y a une expression anglaise qui dit it takes two to tango, et ça Pauline et Gérald l’ont fait, danser ensemble pour l’amour, la famille, les batailles politiques, les combats contre la maladie.

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Tout ça est aussi dans le film.

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J’avais oublié que Pauline Julien a accompagné son Gérald à l’Assemblée Nationale pendant son combat contre le cancer du cerveau.

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Poussant son fauteuil roulant, ou l’encourageant lorsqu’il se levait pour parler dans le Salon bleu.

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Pour moi, la scène du film qui m’a le plus ému est justement lorsque Gérald Godin reprend, devant sa Pauline admirative, l’idée maîtresse de son poème Tango de Montréal pour dire à quel point les immigrants du Québec sont des Québécois indispensables au bon fonctionnement de notre société. Qu’il faut les accepter dans leurs différences, et les inspirer par notre culture.

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Franchement, ce film est une lumière dans la noirceur des positions électorales que certains candidats défendent.

 

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Il faut dire un mot sur la relation que Pauline Julien a entretenu avec ses deux enfants, Pascale et Nicolas.

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Elle n’est pas comme la grand-mère d’Anaïs Barbeau-Lavalette dans son roman La femme qui fuit, mais peut s’en faut.

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La maman Pauline se laisse aspirer par la promesse d’une brillante carrière que son talent et son style lui font miroiter en France.

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Contrairement à Céline Dion qui marche dans ses traces parisiennes aujourd’hui, Pauline Julien n’a pas droit au grand train de vie au Monceau entourée de sa smala. C’est tout fin seule qu’elle part briller sous les feux de la rampe des Trois Baudets ou de l’Olympia.

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Pour prouver son amour maternel, elle couvre ses petits chérubins de becs, les inondent de je-reviens-bientôt, leur promet des lettres, mais, comme dit un des enfants devenu grand, elle a toujours fait ce qu’elle voulait!

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Je pourrais vous parler de son refus de chanter pour la Reine, de son esclandre dans un avion d’Air Canada où un agent de bord refuse de lui parler en français, de son coup de tête d’aller chanter La Manic (aussi de Georges Dor) aux travailleurs de la Baie James, de son aplomb devant les policiers qui mettent sa maison sens dessus dessous avant de l’arrêter en octobre 1970, de son refus de s’effondrer le soir de la défaite référendaire en mai 1980 et de chanter quand même La danse à Saint-Dilon (de Vigneault) après l’historique ‘’Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de dire à la prochaine fois’’, de René Lévesque.

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Mais allez-y voir vous même!

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Ce film est une grande réussite à tous les niveaux.

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Suzanne Clément est incandescente dans ce rôle exigeant.

D’avoir choisi de la faire chanter plutôt que du lyp-sync, se révèle un bon choix.

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Patrice Dubois est fusionnel avec sa partenaire, comme l’a été Gérald Godin avec sa Pauline.

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La caméra les aime.

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Extraordinaire direction photo de Jonathan Decoste qui nous emporte dans cette vie de couple tumultueuse.

Il fallait aussi un as pour monter tout ce matériel tourné avec beaucoup de naturel dans une nature généreuse. Stéphane Lafleur est encore une fois l’homme de la situation.

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Costumes (Sophie Lefebvre) décors (Mathieu Lemay) musiques (Guido Del Fabbro, Émile Proulx-Cloutier), même le casting qui nous vaut d’avoir des Pascale avec une fossette à tous les âges, tout le monde a travaillé dans la même direction inspirée d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

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Cette dernière a bien raison de dire que c’est, pour elle, le film d’une vie.

Réussir un film biographique constitue toujours un immense défi, parlons ici d’un exploit qui parvient à rafraîchir nos souvenirs d’une artiste légendaire qu’on commençait à oublier, et qui la fera connaître des plus jeunes qui n’ont pas eu cette chance d’être ensorcelés par cette voix unique.

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Après avoir vu le film Pauline Julien-Femme pays en visionnement de presse lundi matin, j’ai eu envie de voir quelques lieux du Plateau-Mont-Royal où le couple Julien-Godin a laissé sa marque.

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La maison du Carré Saint-Louis, qu’ils ont habité ensemble, est toujours là avec son poème Lettre au maire Jean Drapeau de Michel Bujold, poète en bâtiment.

 

Le contre-ténor Daniel Taylor a occupé cette belle demeure par la suite, pendant quelques années.

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Depuis 1999, Pauline Julien a une rue à son nom au nord du parc Laurier.

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Pas longue, 400 m, mais bien tranquille au pied des cheminées de l’incinérateur des Carrières, entre Gerry-Boulet et Robert-Gravel.

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Il y a aussi une rue Pauline-Julien à Rimouski, et un parc à son nom à Sainte-Catherine.

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Pauline Julien est aussi une salle de spectacle, celle du Cégep Gérald-Godin, seul établissement collégial francophone de l'Ouest-de-l'Île de Montréal. Quand la toponymie réunit ceux qui s’aiment!

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Le nom de Gérald Godin a également été donné à un parc à Trois-Rivières, à un édifice du Gouvernement du Québec (l’ancien siège social de la société ferroviaire du Grand-Tronc) sur la rue McGill. Le bâtiment qui a accueilli le ministre de l’Immigration pendant plusieurs années est aujourd’hui désaffecté en attente d’une restauration.

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Il y a finalement la Place Gérald-Godin à la sortie de la station de métro Plateau-Mont-Royal, là où on peut lire le fameux poème Tango de Montréal.

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Nous sommes au cœur de la circonscription de Mercier que Gérald Godin a représenté de 1976 à 1994. En 1976, il avait battu le premier ministre sortant Robert Bourassa.

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Aux présentes élections, Ruba Gazal, candidate Solidaire, grande défenseure des immigrants (ce qu’elle est aussi), et indépendantiste, sollicite un troisième mandat.

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