
photo: Pierre Dury
Everybody Knows. Adam Cohen nous ramène son père sur scène
05-11-2026

Je ne sais pas pour vous, mais moi je remets périodiquement dans mon lecteur CD les disques de Leonard Cohen, avec une préférence pour
10 New Songs paru il y a 25 ans, le 9 octobre, même pas un mois après le 11-Septembre 2001.
Parce que les chiffres ronds sont souvent prétexte à commémoration, voilà que nous arrive le spectacle Everybody Knows soulignant le 10e anniversaire de la disparition de Leonard Cohen.
Il faut s’y faire, à part sur les enregistrements, on n’entendra plus jamais la très séduisante voix de Cohen live.
Pour reprendre ses chansons n’y-a-t-il rien de mieux que celle de son fils, Adam Cohen?
Pour moi, il est le passeur idéal pour garder vivant le répertoire du Grand Montréalais qu’est son père.
À l’annonce de l’événement commémoratif qu’Adam Cohen a imaginé pour cet anniversaire, nous nous sommes donc précipités pour mettre la main sur des billets de ce spectacle.
C’était hier au St-Denis, à guichets fermés, et en reprise ce soir.
La première a eu lieu au Grand Théâtre de Québec le lundi 2 novembre.
Avant d’aller plus loin, il faut que je dise que les deux fois que j’ai vu Leonard Cohen (au CNA en mai 2009, et au Centre Bell en novembre 2012) figurent dans la liste de mes meilleurs spectacles à vie.
Inutile de dire que les attentes étaient élevées ce 4 novembre 2026.
Ça tombe bien, cet hommage tient essentiellement dans les mains d’Adam Cohen à propos de qui j’avais écrit ceci lors de son dernier spectacle solo à Montréal en 2014:
‘’Adam Cohen est un prince. Avec un tel patronyme, pas de doute, il y a un sang royal qui coule dans les veines du fils du grand Leonard de Montréal…
Il a appris d’un maître, et il nous en a fait encore la démonstration vendredi au Théâtre Maisonneuve à l’occasion d’une prestation qui se rapproche de l’idée qu’on se fait du spectacle parfait.’’
Douze années ont passé depuis lors.
Adam est disparu de la carte, occupé entre autres à gérer le patrimoine chansonnier de son papa, profiter de la maison d’Hydra en Grèce, et élever son petit garçon.
Depuis, Cassius est devenu un géant, et il joue de la basse avec son papa.
Oui, il y a trois générations de Cohen réunies dans ce spectacle!
Pendant une heure et demi, Adam Cohen enchaîne quelques titres fameux de son paternel avec une voix magnifique qui rappelle un peu celle de Leonard plus jeune.
Je dis quelques parce qu’au final on trouve que c’est bien peu une quinzaine de chansons* en regard de l’immense legs du poète.
Toutes les présentations sont faites en français.
Comme il y a 12 ans, j’ai aimé l’humilité d’Adam quand il prend la parole. C’est un gars qui sait causer avec le public. Rien qui soit téléguidé, un naturel rare, et en plus il ne cesse de nous remercier!
Musicalement, Adam s’accompagne magistralement à la guitare, donnant à fiston Cassius la mission de tenir le rythme (il n’y a pas de batterie sur scène), et à Jesse Kotanski le soin d’enluminer les chansons choisies avec son oud, son violon ou son clavier.
Sans oublier les chœurs féminins, si essentiels au répertoire de Cohen. Les voix de Taylor Jackson et Claire Hunter planent au-dessus de nos têtes telles des anges.
Merci au technicien qui, aux manettes, fait un travail de moine pour que le son nous caresse les oreilles comme jadis dans les concerts du papa.
Est-ce que le secret de ce son moelleux résiderait dans les tapis de Turquie déployés sur la scène?
On a aussi droit à un peu de Leonard Cohen virtuel dans ce spectacle. Chapeau à Moment Factory, entreprise du Mile End, pour ça.
Des images d’archives sont projetées sur deux gigantesques tentures qui tombent de part et d’autre d’un rail de spots installé à la verticale ce qui donne un effet de lumière rarement vu.
La scène baigne dans une lumière chaude, comme celle des candélabres à sept branches? Pourquoi pas.
Adam nous a confié que toutes les répétitions de ce spectacle ont été faites à la maison familiale de Montréal, celle qui donne sur le parc du Portugal.
Même si Cohen est disparu de notre ville, Montréal continue de vibrer grâce à lui.
C’était particulièrement manifeste dans le choix des artistes invités à se joindre au quatuor d’Adam Cohen. Les Montréalais Rufus et Martha Wainwright sont apparus sur scène le temps d’un Hallelujah bien senti.
Ils font vraiment partie de la famille ces deux-là! Surtout Rufus.
Avec Lorca (la sœur d’Adam), ils sont le père et la mère de Viva Katherine, petite-fille de Leonard.
Quelle chance nous avons eu d’avoir cette visite des Wainwright sur scène, qui a tout de même un petit peu foutu le bordel dans ce spectacle jusque là maîtrisé, mais pas encore tout à fait smooth.
Everybody Knows aura bien le temps de trouver sa patine.
Après le Meridian Hall de Toronto dimanche, ce spectacle roulera dans plusieurs villes d’Europe à compter de janvier 2027: Dublin, Londres, Manchester, Amsterdam, Paris, Anvers, Berlin, Copenhague, Stockholm et Varsovie.
Espérons qu’il nous revienne pour tous ceux qui ont raté cet autre moment magique signé Cohen.
*
Dance Me To The End Of Love
Bird On a Wire
Lover, Lover, Lover
Who By Fire
Everybody Knows
Take This Waltz
Suzanne
Hey, That's No Way To Say Goodbye
In My Secret Life
Tower of Song
So Long, Marianne
Hallelujah
If It Be Your Will
Chelsea Hotel No. 2



