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Les 30 ans du Dôme de Jean Leloup
13-06-2026

Ça va faire 13 ans cet été que j’ai quitté la chronique culturelle au TJ de Radio-Canada.

Je me demande souvent pourquoi j’ai tant de difficultés à décrocher de cette période de rêve où j’ai pu rendre compte de tant de moments forts de la culture.

La réponse? Je n’y peux rien, c’est l’actualité qui me ramène au passé.

C’est le cas en fin de semaine avec les 30 ans de la sortie du disque ‘’Le Dôme’’ de Jean Leloup qu’on célèbre par un grand spectacle gratuit aux Francos de Montréal.

Le 28 octobre 1996, je pense bien que j’étais au lancement de ce troisième disque de Leloup pour le TJ 18:00 et pour Montréal en spectacle, émission culturelle que je co-animais avec Marie-Christine Trottier sur RDI (rediffusée à au moins cinq reprises dans la grille hebdomadaire d’alors).

Je n’ai aucun agenda de l’époque, aucune note non plus, mais je me souviens très bien que ce lancement tellement attendu se passait au Sona, un club de nuit et after hour nouvellement ouvert dans l’édifice Wilder en face du Cinéma Impérial au 1439, rue Bleury, dans ce qui a longtemps été le magasin Distribution aux Consommateurs.

En 1996, j’ai 37 ans, Jean Leloup en a 35.

Comme journaliste, j’ai couvert les deux premiers disques de ce chanteur à nul autre pareil, et, comme tout le monde, j’attends le prochain avec impatience.

J’avoue qu’à la première écoute, je suis un peu désarçonné.

C’est tellement nouveau, différent.

Comment recevoir ces chansons si sombres alors que moi je suis l’heureux papa d’un petit gars de trois ans, et que j’ai la chance d’avoir une job de rêve.

Comment interpréter sa chanson Faire des enfants qui dit:

‘’’Je suis couché dans l'herbe tendre et je rêvasse reconnaissant

devant moi la ville qui s'écroule

Devant moi à feu et à sang

Les gens sont frustrés à un point ma foi je crois extrêmement

IIs ont besoin de s'égorger au moins une p'tite fois d' temps en temps

Attends un peu avant d' me dire que tu voudrais des p'tits bébés

Les gens aiment bien quand ça fait mal

et y a pas de mal à s'faire du bien, à s'faire du bien’’

Comment recevoir la noirceur d’ Edgar, moi qui a les yeux bleus:

‘’D'une femme il était amoureux

Comment la convaincre que le bleu

N'est pas la couleur de ses yeux

Mais bien celle des démons hideux

Visqueux’’

Comment ne pas pas être sonné par sa critique du milieu du showbiz que je couvre quotidiennement dans Johnny Go:

‘’Et j'ai vu le grand monde, le petit et le gros

Survivre est une loi pour les rois de la riff

Attaque organisée des fuckés sur les ondes

Attaque organisée, trois minutes vingt secondes’’

Tout ça dans un style musical vraiment nouveau pour la musique québécoise.

 

J’ai été réconforté aujourd’hui de lire, sous la toujours bonne plume de Sylvain Cormier, qu’à sa sortie, même le critique du Devoir n’a pas trouvé ça évident à recenser: ‘’les 14 titres de ce disque étaient indescriptibles et si différents les uns des autres’’, écrit-il.

 

Quand tu es un journaliste culturel généraliste télé qui fait du quotidien, comme je l’étais, c’est en effet exigeant de se faire une tête rapidement sur un tel enregistrement.

Quand tu écoutes avant tout le monde Sang d’encre, Le dôme ou Le monde est à pleurer ce n’est pas évident de crier immédiatement au génie, surtout quand le parolier termine sa chanson Edgar comme ceci:

‘’À boire à boire pour maître Edgar

À boire à boire pour le génie...

Voilà longtemps que je n'ai bu

Jusqu'à la lie mon dernier verre

On l'a retrouvé un jour

Qu'il venait d'obtenir la palme

D'espoir des auteurs du pays

Dans le canal il était gris’’

 

Toutes les chansons du Dôme n’étaient pas aussi aimables du premier coup que I Lost my Baby.

Pour le journaliste culturel du bulletin de nouvelles de Radio-Canada, pas question de suivre une quelconque vague, il faut être convaincu pour dire que c’est bon.

Tout l’art du métie

r est là, j’imagine, savoir reconnaître ce qui est exceptionnel, ce qui sera durable.

On se trompe parfois, dans ce cas-ci, si je me fie à la critique (disponible sur les Archives de Radio-Canada) que j’ai faite du spectacle qui a suivi la sortie du Dôme en novembre 1996, j’avais vu juste.

Je salue d’ailleurs mes animateurs de l’époque Pascale Nadeau et Pierre Craig pour leur enthousiasme à embarquer dans le mien.

Leur support était un chaînon essentiel pour convaincre le public à la maison que ça valait la peine d’écouter mon topo.

Permettez-moi de rappeler aussi à quel point la surprise et la nouveauté du Dôme vient beaucoup, pour moi, de la rencontre de Jean Leloup avec les Montréalais E.P. Bergen (je me rappelle sa mère était PR à l’hôtel Quatre-Saisons rue Sherbrooke où a eu lieu le lancement de Glee en 1997), et James Di Salvio (son père possédait la discothèque Di Salvio sur Saint-Laurent).

 

Ces deux-là ont amené Leloup sur les sentiers de la musique hip-hop et électro. Et en retour Leloup a contribué à mettre en piste le collectif Bran Van 3000.

E.P. Bergen et James Di Salvio sont omniprésents sur le clip Johnny Go, tourné au Théâtre Denise-Pelletier.

 

30 ans plus tard, c’est toute une nouvelle génération qui ramène ce disque dans le présent avec la présentation ce dimanche de POUR LA SUITE DU DÔME DE JEAN LELOUP dans le cadre des Francos.

 

Ça se passe sur la scène Rogers de la Place des festivals dans le Quartier des spectacles à 21:00. Un spectacle gratuit diffusé simultanément à Ici Musique.

J’ai failli appeler mon livre sur le Quartier des spectacles Le génie du lieu, une expression qui veut dire qu’un lieu se définit par les événements qui se sont accumulés dans son histoire.

Eh bien, le génie continue à s’activer dans le Quartier des spectacles!

 

PS

Juste pour le fun, voici un éphéméride de cette année 1996.

-le Saguenay connaît le Grand Déluge.

-inauguration du centre Molson de Montréal.

-Pauline Marois annonce le gel des frais de scolarité jusqu'aux prochaines élections.

-mort de Richard Barnabé. Il était dans le coma depuis 29 mois après avoir été brutalisé par des policiers lors de son arrestation.

-Jacques Villeneuve est Vice-Champion du monde de Formule 1.

-le salaire minimum passe à 6,70 de l’heure.

-mort de Gaston Miron, Robert Bourassa, Robert Gravel, Rose Ouellet, Jacques Desrosiers.

-naissance de Émile Bilodeau, Samuel Montambault, Robert Naylor.

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