
photo: Pierre Dury
La Cité internationale de la francophonie
21 mai 2026

À deux jours de la fin de mon voyage à Paris, j’ai fait une sortie extra-muros aujourd’hui qui s’avère le clou de mon séjour.
J’ai visité La Cité internationale de la langue française, un musée qui célèbre le français avec une ferveur qui fait bomber le torse du locuteur que je suis.
J’y ai appris plein de choses, j’ai ri, été émerveillé, ému, et même pleuré en entendant un Syrien chanter les premiers mots de la chanson de l’Auvergnat de Georges Brassens, celle qui a initié cet immigrant à la richesse du français. Parce que le français se transmet aux immigrants par la culture.
La Cité internationale de la langue française est située à une heure de Paris, dans le château restauré de François 1er, exactement là où, en 1539, le Roi a édicté l’ordonnance faisant du français la langue de son royaume.
Ce château est situé à Villers-Cotterêts.
Déjà s’y rendre est un exercice de français.
Le train qu’il faut prendre a comme destination Laon.
Prononcez Laon, en ‘’en’’, comme faon, et paon….et vlan dans les dents!
On s’arrête en chemin à Dammartin – Juilly – Saint-Mard, ne surtout pas prononcer le D de Saint-Mard.
Et on descend à Villers-Cotterêts, en oubliant dans le train le S de Villers qu’on aurait eu l’idée de rendre sonore.
De la gare au château, on suit les bollards incrustés dans le trottoir, et on essaie de ne pas manquer le 46 rue Alexandre Dumas.
C’est là que le célèbre écrivain est né.
Il n’est pas la seule plume au ramage de cette région. Mentionnons aussi Jean de la Fontaine, Jean Racine, Paul Claudel.
Arrivé au château, complètement restauré (il était dans un bien piètre état il n’y a pas si longtemps), on est accueilli sous une verrière nommée ‘’LE CIEL LEXICAL’’
DES MOTS, TOUJOURS DES MOTS, RIEN QUE DES MOTS...apparaissent au-dessus de nos têtes, dont plusieurs nouveaux inventés notamment par des Québécois pour nommer des réalités d’aujourd’hui comme courriel ou divulgâcher, ou africains comme ambianceur.
Quand le soleil est au zénith, l’ombre des mots réfléchit sur les murs du château. Du plus bel effet!
La cour du jeu de paume accueille cet été des sculptures de Marie Khoury, une artiste de Vancouver née en Égypte et ayant vécu au Liban (deux pays membres de l’Organisation internationale de la francophonie).
Ses sculptures en résine de synthèse, qu’on croirait en marbre, représentent des lettres de l’alphabet arabe, et forment le mot ‘’J’aime’’.
Par hasard, l’artiste était présente aujourd’hui. Elle m’a parlé de son travail qui fait le tour du monde. Elle était accompagnée d’une amie de Vancouver, un produit de l’immersion française. Nous étions sur le même train!
Marie Khoury a été invitée à présenter son travail pour faire écho à l’exposition temporaire présentée cet été.
La première exposition temporaire de la Cité, en 2023, portait sur la chanson, cette année on fait place à la BD en nous faisant pénétrer dans l’univers de Wilfrid Lupano et Léonard Chemineau.
On nous raconte la création de leur bande dessinée La bibliomule de Cordoue, qui raconte l’histoire d’une bibliothèque menacée d’autodafé, sauvée grâce à une mule qui évacue les livres de la bibliothèque avant qu’on y mette le feu.
Une exposition sur l’importance de sauvegarder les mots et les livres d’une grande pertinence dans ce contexte.
Place ensuite à l’exposition permanente qui traite de la langue française sous toutes ses coutures: ses origines, son rayonnement, sa place dans la culture, les difficultés qu’elle pose à ceux qui la parlent, etc.
Une bonne place est faite à la langue québécoise: on entend un extrait de Speak White de Michèle Lalonde, on voit un bout hilarant des Beaux malaises de Martin Matte, on salue Gilles Vigneault et la Loi 101, on se réjouit aussi d’entendre un Québécois se dire choqué des expressions anglaises qui s’invitent trop souvent dans la langue courante des Français.
Il y a aussi un aspect ludique à la visite avec des jeux questionnaires, des mots cachés, ou une dictée remplie de pièges.
Que ce soit le rappel du siècle des Lumières qui a fait rayonner le français dans le monde, ou les statistiques à propos du nombre de locuteurs de la langue française qu’il y a aujourd’hui dans le monde, on sort du château reguaillardi.
Oui, le français est une langue belle, et promise à un bel avenir, si on en prend soin et on s’ouvre à ses différentes façons de la parler.
De voir le mot crémone, que ma mère utilisait, briller dans un musée, c’est comme si la Cité internationale de la langue française me cadonnait* le plus beau des présents.
* Cadonner est un terme né de la contraction des mots cadeau et donner et s'utilise exclusivement au Tchad et au Congo-Kinshasa pour signifier "offrir un cadeau, donner un présent".
Exemple : Il lui cadonna une très belle bague.
























