
photo: Pierre Dury
Michel Rivard: Après on va où?
30-04-2026

Après L’origine de mes espèces à La Licorne en 2019, et Le tour du bloc au Théâtre Maisonneuve en 2023, Michel Rivard nous convie cette fois au Théâtre d’Aujourd’hui pour Après on va où? un autre de ses spectacles qu’il qualifie de théâtre-récit.
Trois lieux différents, pour trois propositions différentes, j’aime cette idée qu’il entretient de renouveler les scènes où il joue.
Michel Rivard a en effet trouvé une manière de continuer à faire de la scène en portant à la fois le chapeau du chanteur et du comédien, les deux facettes d’un même métier d’artiste de la scène qu’il pratique depuis des décennies.
Ce théâtre-récit lui permet, je trouve, de faire une plus grande place à la poésie que ne le permet un tour de chant.
À propos de poésie, celui à qui un jour ses parents ont fait le cadeau d’une guitare (qu’il a portée sur son épaule, comme Félix, de l’étagère jusqu’à la caisse d’un magasin Miracle Mart), est un des derniers, dans la lignée de Leclerc, à savoir dire les choses de si belle façon, d’une manière qui se comprend.
On pourrait dire que ce nouveau spectacle s’inscrit dans un cycle: la trilogie du grand Flybin.
Dans le premier, il fouillait ses origines, dans le second il revisitait le répertoire d’une vie, et là, il s’interroge sur l’après tout ça.
Pour la première fois, je dirais, il le fait en revêtant son habit d’homme ordinaire, en tournant ostensiblement le dos à son personnage public, celui qu’il appelle ‘’l’homme qui me ressemble’’.
Cet affranchissement nous donne accès à un homme sans certitude, à l’heure des bilans, et des confidences qui ressemblent parfois à des aveux.
Il y a des mots d’une grande beauté sur son amour inextinguible pour les quatre femmes de sa vie: sa mère qui lui a donné la poussée initiale, sa blonde (celle des poissons), sa femme (celle dont il fut jaloux), et son amour de maintenant.
Il y a une chanson magnifique sur ses trois enfants, précédé d’une déclaration si touchante (et partagée): ‘’je m’ennuie de les attendre pour souper’’.
Une autre, crève-cœur, sur la mort, injuste, d’un enfant de 7 ans, le neveu de son fils.
Au programme, ce sont toutes des chansons du dernier disque. Autant le spectacle précédent était un jukebox de ses grands succès, autant cette fois-ci on est dans la complète nouveauté.
Magnolia, la plus connue, bénéficie d’un éclairage saisissant, comme un printemps qui arrive sans s’annoncer.
D’ailleurs, tout le concept d’éclairage de Julie Basse mérite d’être salué.
Dans ce spectacle, la forme théâtrale prend le dessus.
Alexia Burger a épaulé Rivard dans l’écriture, Marie-Thérèse Fortin a veillé à la mise en scène.
Aussi, les excellents musiciens s’exécutent-ils derrière une moustiquaire.
Ils n’en sont pas moins présents.
À la contrebasse et aux voix, Blanche Baillargeon est prodigieuse.
Avec son instrument, la clarinette basse, Guillaume Bourque ajoute une gravité supplémentaire à la proposition.
François Richard, aux claviers, mène ce trio de main de maître.
Voilà un spectacle songeur, qui laisse filtrer à travers les craques qu’il y a en toutes choses, un peu d’espoir devant la perspective du grand rien qui nous attend au bout du chemin.
Par-dessus tout, j’ai craqué devant la simplicité et la candeur des mots d’enfants auxquels l’auteur de Méfiez-vous du grand amour, Le retour de Don Quichotte, Le phoque en Alasksa, Je voudrais voir la mer a recours pour répondre aux grandes questions existentielles qui viennent avec le vieillissement.
Je ne sais pas si c’est parce que je suis nouvellement grand-père, mais de voir papy Michel citer abondamment son petit-fils Noé, une première chez-lui, m’a ravi et apaisé.
J’ai saisi que la suite du monde se trouve dans les enfants de nos enfants.
À nous de leur laisser la place, idéalement le plus en ordre possible.
Ça faisait longtemps que je n’avais pas été au Théâtre d’Aujourd’hui.
Cette fois-ci, j’ai porté attention à l’œuvre du foyer, une réalisation d’un artiste qui fait beaucoup d’œuvres d’art public et dont je parle souvent: Ludovic Boney. L’œuvre s’intitule Module E (2022).







