
photo: Pierre Dury
Valeur sentimentale, film norvégien de Joachim Trier
22-03-2026

J’ai finalement vu Valeur sentimentale du Norvégien Joachim Trier. (en après-midi vendredi en version originale sous-titrée en français au Cinéma du Musée)
Quel magnifique film!
Grand Prix du jury au Festival de Cannes en mai, Oscar du meilleur film international lors de la 98e cérémonie des Oscars le 15 mars dernier, ces grandes récompenses sont une évidence quand on voit ce bijou.
Quel moment de cinéma fabuleux!
C’est un film psychologique d’un grand raffinement avec des acteurs extraordinaires (Renate Reinsve, Inga Ibsdotter Lilleaas et Stellan Skarsgård).
Il nous entraîne dans les arcanes familiales de deux sœurs très proches (une actrice et une historienne ) qui, à la mort de leur mère (psychiatre), voient réapparaître le père manquant, un grand réalisateur désireux de récupérer sa maison pour y tourner un film.
La situation est déjà assez remuante comme ça, mais le papa en rajoute une couche lorsqu’il offre le rôle principal à sa fille qui n’en veut pas. Le papa se tourne alors vers une actrice américaine très populaire (Elle Fanning).
Joachim Trier nous offre un film à plusieurs étages. Il y a les histoires de famille, mais aussi toute une réflexion sur la création, sur le métier d’acteur, sur la façon de faire du cinéma aujourd’hui.
Les différentes affiches faites à travers le monde pour faire la promotion de ce long-métrage norvégien témoignent des différents angles par lesquels on peut l’aborder.
Voici ce que le réalisateur a répondu à un intervieweur qui lui faisait remarquer que son cinéma doux et intimiste est à l’opposé du monde polarisé que l`on constate sur les réseaux sociaux:
‘’Que vaut un film intimiste sur les rapports entre un père absent et ses filles, au moment où, un peu partout, il y a des guerres injustes et où cet idiot de Trump et les populistes de sa trempe, squattent l’actualité au quotidien, en parlant très fort? Là encore, j’en reviens à ce qui m’a toujours intéressé, au cinéma – que ce soit à travers les films d’Ozu, de Woody Allen, d’Ingmar Bergman et d’autres maîtres: la complexité des sentiments, la tendresse, la rationalité qu’on doit sans cesse opposer à l’irrationalité… Au rythme où vont les choses, peut-être que ce type de cinéma va devenir un refuge.’’
Un refuge! C’est ce qu’a été Valeur sentimentale pour moi pendant 134 minutes.
Il faut que je vous dise un mot sur la maison du film, qui est un personnage en soi.
Après en avoir visité apparemment plus de 400, Joachim Trier a porté son choix sur cette demeure, d’un rouge remarquable, située dans le quartier des ambassades à Oslo.
Le réalisateur habite à distance de marche de cette maison. Il l’a déjà utilisé pour un autre de ses films, ‘’Oslo, 31 août ‘’, sorti en 2011, dans lequel on découvrait Renate Reinsve et Anders Danielsen Lie.
Pour faciliter le tournage du film qui se passe sur plusieurs saisons, et plusieurs décennies, l’intérieur de la maison a été reconstruit en studio.
Dans un article du magazine The Set Set, on explique comment la technologie 3D a été au service de ce film en apparence classique.
‘’L'équipe a scanné le quartier d'Oslo où se situe la véritable maison et a créé un environnement extérieur en 3D sur des murs LED, visible depuis chaque fenêtre de leur réplique. Les voitures et les lampadaires changent au fil des décennies, tout comme la végétation au gré des saisons. « Il est essentiel, dans ce film, que le public comprenne l'agencement de la maison. Et grâce à la production virtuelle pour chaque fenêtre, la transition est parfaitement fluide, quelle que soit la pièce où l'on se trouve», explique le décorateur Jørgen Stangebye Larsen.’’
Il y a aussi plusieurs séquences tournées au Nationaltheatret d’Oslo, un théâtre dessiné par l’architecte Henrik Bull et inauguré en 1899.
Le grand dramaturge norvégien Henrik Ibsen a sa statue à l’entrée.
On n’a pas fini de parler de l’auteur des pièces Hedda Gabler, Un ennemi du peuple, Une maison de poupée car, en 2028, on célébrera à travers le monde son bicentenaire.
À chaque 20 mars, jour de son anniversaire, un prix à son nom est remis.
Le lauréat 2026, annoncé vendredi, est un artiste multidisciplinaire sud-coréen. Jaha Koo a été choisi pour son théâtre innovant et humain. Il recevra 2,5 millions de couronnes norvégiennes (350 000$).
Je termine avec la musique.
Il faut savoir qu’en plus d’être réalisateur, Joachim Trier a aussi été DJ dans sa vie, mixant house et disco sur les planchers de danse.
Pour son film Valeur sentimentale, il ouvre avec une vieille chanson parue en 1972, de l’américain Terry Callier (1945-2012), Dancing Girl, et termine avec Cannock Chase, une super chanson du britannique Labi Siffre qui date aussi de 1972, mais semble avoir été composée hier.
En passant, Labi Siffre fera paraître un nouveau disque prochainement, à 80 ans!
Le mot de la fin à Joachim Trier:
‘’La musique m’a toujours aidé à trouver des idées d’atmosphères, de traits psychologiques à apposer à mes personnages, et même parfois de plans… En trois minutes, une chanson peut exprimer des choses très profondes que les images n’arrivent pas toujours à restituer.’’
Et si on se quittait avec Cannock Chase?






