top of page

L'Étranger de Camus version François Ozon
24-01-2026

Vu: L’Étranger de François Ozon, réalisateur français abonné aux récompenses ‘’avec des films qui traitent de sujets épineux, comme la sexualité, l’ambiguïté, la subversion des normes sociales ou familiales.’’ (Potiche, Grâce à Dieu, Quand vient l’automne, etc.)

Dimanche dernier (18 janvier), l’adaptation cinématographique qu’il a faite du roman L’Étranger d’Albert Camus remportait trois récompenses aux Prix des Lumières remis par les critiques internationaux basés à Paris.

Leurs choix sont souvent annonciateurs de ce qu’on verra aux César, dont les nominations seront connues le 28 janvier en vue du gala du 27 février.

L’Étranger a remporté les prix du meilleur film, du meilleur acteur, et de la meilleure image.

C’est en effet un excellent film, tourné dans un noir et blanc somptueux, avec un acteur remarquable, Benjamin Voisin.

Tout le monde parle présentement de lui en France, parce qu’il est pressenti pour remplacer Raphaël Quenard (qui s’est désisté) dans le biopic que le réalisateur Cédric Jimenez fera sur Johnny Hallyday (de Meursault, le personnage central de L’Étranger, au Elvis français, c’est dire combien Voisin est ‘’bancable’’!)

Adapter au grand écran L’Étranger, ce livre marquant de la littérature française, était risqué, surtout en France en cette époque de tension sur les questions d’immigration, presque 65 ans après la fin de l’Algérie française.

Voilà un roman qui est le troisième roman francophone le plus lu dans le monde (après Le Petit Prince de Saint-Exupéry et Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne), du fait de sa traduction en 68 langues, et le prix Nobel remis à son auteur en 1957.

L’histoire est campée dans une Algérie française où les Français règnent en roi et maîtres. Il suffit de voir l’archive des actualités filmées de l’époque que Ozon a plaquée au début de son film pour replonger dans l’esprit colonialiste de ce temps-là.

 

La scène qui ouvre le film tout de suite après ‘’clashe’’ totalement.

On voit un jeune homme, vêtu de lin, atterrir dans une geôle remplie d’Arabes. Un vieillard lui demande, dans la langue locale, pourquoi il est là. Un jeune prisonnier lui traduit la question. ‘’J’ai tué un Arabe!’’ répond-il en français, sans émotion.

Vous dire combien le spectateur vierge (béotien?) que j’étais face à ce classique de la littérature a été surpris.

Je suis allé voir le film L’Étranger avec la chanson L’Étranger de Pauline Julien en tête. (‘’On est toujours l’étranger de quelqu’un…’’)

Comme je n’avais jamais lu le livre d’Albert Camus, je n’étais pas vraiment sur la bonne piste.

Dans cette histoire, écrite en 1942, l’étranger ne désigne pas la personne n’ayant pas la nationalité du pays où elle réside.

Moi qui a toujours pensé que Camus racontait le drame d’un Français qui vivait mal avec l’idée d’être un citoyen privilégié dans un pays qui n’était pas le sien!

L’immigration, sujet de l’heure (n’est-ce pas Messieurs Legault et Roberge?) n’est donc pas au menu.

On a plutôt affaire à un personnage, le fameux Meursault, qui est étranger à son entourage autant qu’à lui-même.

Avec les connaissances d’aujourd’hui, on pourrait être tenté de dire que ce jeune homme est un autiste. Il vit seul dans l’appartement de sa mère qu’il a placée en maison de retraite. Il observe. Parle peu.

Meursault est étranger à ses sentiments.

Il est de marbre à l’annonce (par télégramme) du décès de sa mère. Il ne pleure pas au chevet de son cercueil. Il demeure stoïque à ses funérailles.

Avec sa dulcinée, il fait le dos rond à ses velléités de mariage, une institution à laquelle il ne croit pas.

Je ne dévoile rien en disant qu’un jour, à la plage, il tire même à bout portant sur un arabe qui enquiquine son voisin de palier, un maquereau français lui-même violent, qui n’est pas tant son ami.

Le dernier tiers du film se passe d’ailleurs en cour où Meursault ne fait rien pour se défendre (la justice n’a pas grâce à ses yeux), et en prison où un prêtre tentera en vain de sauver son âme (ce qu’il rejette violemment, car pour lui le Bon Dieu n’est qu’une autre représentation de l’absurdité de la vie).

Avouez que pour défendre un tel personnage pas si sympathique pendant deux heures, il faut être très charismatique soi-même.

Benjamin Voisin, 29 ans, en plus d’être d’une grande beauté plastique à l’écran, porte cette histoire avec brio. Autant avec détachement qu’avec une superbe fantastique.

Je pense que c’est lui qui fait que cette histoire, écrite dans les années 1940, parfaitement rendue à l’écran grâce à une reconstitution spectaculaire (le film a été tourné au Maroc), peut résonner dans notre époque où le désabusement a la cote.

bottom of page