J'AI MAL ICI

16-04-2014

Il y a un an, j’annonçais mon départ de Radio-Canada.

 

Après des années à couvrir la scène culturelle avec les moyens d’un service public qui y croit, je m’inquiétais de voir le temps d’antenne consacré à cette couverture se dérober.

 

Ne pas diffuser le matériel produit était à mon avis un problème de riche avec lequel je vivais mal.

 

Une année a passé.

 

Malgré leur volonté, leur passion et leur professionnalisme, je considère que la production émanant des artisans du module Culture du service de l’Information de Radio-Canada a continué de se raréfier dans les différents bulletins de nouvelles.

 

Aujourd’hui, la culture écope encore mais de façon brutale et sans équivoque.

 

Dans un exercice pénible de compressions de 130 millions de dollars des dépenses de CBC-Radio-Canada, on annonce l’abolition de cinq postes dans la petite équipe du module Culture. Poste de réalisateur, d’adjoint à la production, de monteur, de cameraman et de preneur de son.

 

Première conséquence, la décision, effective à compter du 31 mai, entraînera la disparition des capsules ARTDI qui étaient diffusées à RDI et dans le métro de Montréal.

 

La Première directrice Nouvelles multiplateformes et info numérique, qui a fait cette annonce, refuse de parler du démantèlement du module Culture. Dans un entretien téléphonique, Luce Julien fait valoir que, bien que réduite, l’équipe est toujours composée d’une affectatrice, de trois journalistes, d’un monteur-réalisateur et d’un cameraman dédié. (Tout ce beau monde sera rapatrié dans la salle des nouvelles alors que depuis quelques années, ils oeuvraient dans des locaux situés à l’extérieur du Centre de l’Information.)

 

Luce Julien met des gants blancs pour dire que cette décision ne devrait pas avoir d’impact visible à l’antenne.

 

‘’Nous continuerons à offrir des reportages culturels aux différents bulletins. Nous irons encore à Cannes et aux Oscars. Les ressources journalistiques ont été préservées.’’

 

Elle promet même une plus grande présence de l’information culturelle sur le fil de nouvelles qui viendra s’ajouter à l’offre web à compter de septembre.

 

Les administrateurs font leur travail de sape comme ils peuvent et je ne les envie pas.

 

Loin de moi l’intention de jouer au gérant d’estrade.

Cependant, je ne peux garder pour moi la peine que me fait cette annonce. De la peine pour ceux de mes ex-collègues qui seront touchés personnellement par cette décision et aussi pour la communauté culturelle qui n’aura plus jamais la même attention de la part de son service public malgré toute la volonté de ceux qui restent.

 

Ça fait 25 ans qu’il y a dans la salle des nouvelles de Radio-Canada, une importante équipe dédiée à la couverture culturelle. Je parle d’affectateurs, de réalisateurs, d’adjoints à la réalisation, de cameramen, de preneurs de son, de monteurs, de journalistes qui se sont spécialisés dans le traitement de la nouvelle culturelle. Beaucoup de monde me direz-vous mais c’est ce que ça prend pour faire de la bonne télévision et offrir une variété de contenus sur une multitude de plateformes.

 

Et contrairement à ce qu’on voit dans le domaine de l’audiovisuel, le noyau dur de cette équipe était d’une stabilité exemplaire. On dépasse la centaine d’années d’expérience dans ce module.

 

Pour avoir fait partie de cette équipe pendant longtemps, je peux vous dire que chaque personne est importante pour arriver à témoigner avec équité et rigueur de la diversité et de l’abondance de l’offre culturelle qu’il y a chez-nous.

 

Il me semble que c’est du devoir d’une télévision publique de représenter la culture à l’antenne particulièrement aux nouvelles.

 

L’activité culturelle est vitale à la définition de notre identité. Il s’agit aussi d’un moteur économique important et d’un agent social primordial.

 

On doit le dire haut et fort, les coupes annoncées à Radio-Canada sont désastreuses.

 

Docteur, j’ai mal ICI.

Une photo pour mettre un visage sur les compressions.

Autre temps, autre humeur. C'était le 2 août 2013, le jour de ma dernière journée. Plusieurs des personnes que vous voyez là font ou ont fait partie du module Culture au fil des ans. Et il en manque! Plusieurs d'entre eux sont touchés par les compressions annoncées. C'est entre autre pour eux que je suis si triste aujourd'hui.