LE FILM RESSAC

Dans la veine Le Vendeur,  Camion ou Le Démantèlement, voici Ressac, un autre film québécois qui se passe en région.

 

Rompue au documentaire (L’Immortalité en fin de compte, L’arbre aux branches coupées, Adagio pour un gars de bicycle), Pascale Ferland s’est inspiré d’une réalité contemporaine pour faire son premier film de fiction : les ravages du chômage.

 

C’est un séjour à Chandler, ville de la Gaspésie affectée par la fermeture de son usine de pâte et papier, qui a nourri l’imaginaire de la réalisatrice.

 

Le film commence avec Édouard qu’on voit faire sa valise. C’est un homme sans emploi qui quitte à regret sa femme, sa fille et sa belle-mère pour aller trouver une job ailleurs.

On apprend assez vite dans le récit qu’Édouard ne résistera pas à son déracinement. Il s’enlève la vie.

 

Le long métrage s’intéresse  aux trois femmes qui restent. Dans cette région où l’avenir est sans promesse, on verra comment chacune  réagira  devant ce deuil qui exacerbe une réalité déjà bien lourde.

 

La mère (Nico Lagarde) s’enferme dans un silence coupable. La fille (Clémence Dufresne-Deslières) se réfugie dans un mutisme adolescent et rêve d’amour et  d’ailleurs. Et la grand-mère (Muriel Dutil) gère cette tension familiale avec commisération dans un minimum de mots.

 

C’est rare que le cinéma québécois donne autant de place à des actrices. Elles sont très bonnes dans ce qu’on leur demande de faire. Je trouve juste dommage que les personnages de Pascale Ferland souffrent du même syndrome que les hommes dans les films du même genre. Les femmes de Ressac ne parlent pas. Elles restent coites.

 

La proposition aurait été plus originale et plus forte, il me semble, si le désarroi s’était exprimé par la parole. Là ça ressemble à ce qu’on a déjà vu: du cinéma pudique, contemplatif, peu bavard. Un archétype masculin.