Je n’aime pas les départs. Les au-revoir. Les ruptures.

On ne met pas fin à 25 ans de présence quotidienne au Téléjournal

sans une grande mélancolie.

Triste, oui.  Mais plein d’énergie pour affronter de nouveaux défis,

riche de souvenirs heureux, de rencontres formidables, de coups

de foudre durables.

 

Pendant que j’écris ce message, j’écoute l’émission de cette chère Bia à Espace Musique. J’y entends Jane Birkin et ma tête s’emballe. En cascades, je repense à Alain Souchon, à Lhassa de Sela, à Henri Salvador, à Raphael et tant d’autres artistes que j’aime et que  j’ai eu le bonheur de rencontrer et dont j’ai pu relayer le message.

 

25 ans, c’est assez d’années pour assister à la renaissance d’un Robert Charlebois. À la réunion de Beau Dommage. À la naissance professionnelle d’une Ariane Moffatt ou d’un Misteur Valaire. Assez pour assister aux multiples transformations du cinéma québécois, à l’explosion du phénomène cirque, à la formidable évolution du Musée des beaux-arts de Montréal. 

 

C’est l’heure de dire merci à tous ces gens qui m’ont permis d’être ce témoin privilégié.

 

Merci aux attachés de presse qui m’ont donné accès aux artistes.

 

Merci aux artistes pour leur générosité, leur créativité. Vous m’avez fourni la matière pour rejoindre le public.

 

Merci au public. Vous avez été ma raison d’être professionnelle. Si j’ai eu envie d’être là tous les jours c’était parce que je vous savais là et je ne voulais surtout pas manquer ce rendez-vous.

 

Pour assurer cette continuité (la chose dont je suis le plus fier dans ma carrière), j’ai pu compter sur des collègues aussi professionnels que dévoués.

Ce que j’ai livré au fil des ans est le résultat d’un travail d’équipe. On ne le dit jamais assez.

 

Ça a commencé à Toronto où réalisateurs et assistantes m’ont généreusement donné les bases du métier.

 

Depuis 2001, Louise Rousseau, à l’affectation, donne un sens à la couverture culturelle des nouvelles de Radio-Canada. J’ai inventé un dérivé au mot ‘’cheerleader’’. Louise est une ‘’chère-leadeuse’’. Elle motive les troupes pour arriver à refléter au mieux  l’immense offre culturelle. Le milieu ne le sait pas,  mais il lui doit beaucoup. Pour moi, elle a été une alliée précieuse. Une femme d’une rigueur rare et d’une droiture inégalée. Il n’existe malheureusement pas de prix pour récompenser ce qu’elle fait.

 

Quand on est journaliste culturel à la télé, on est rien sans un cameraman et un preneur de son. Sans image et sans son, il n’y a pas de topo.

 

J’ai été choyé à ce niveau. Depuis mes débuts au ‘’Culturel’’, le service de l’Information de  Radio-Canada a accepté qu’il y ait l’un et l’autre dans des équipes dédiées.

 

Pendant plus de 15 ans, j’ai eu la chance de travailler avec Pierre Maheux, un véritable artiste dans le monde rigide des nouvelles quotidiennes. Quand on a son talent, on mérite d’être qualifié de directeur photo. Un grand!

 

D’autres ont été présents moins longtemps, mais je ne les ai pas oubliés pour autant.

Martin Thibault avec qui j’ai fait une de mes plus belles couvertures en carrière : la première de LOVE du Cirque du Soleil à Las Vegas.

André Grégoire, qui a été mon coéquipier le 11 septembre 2001.

 

À la caméra la relève est assurée. Pierre-Olivier Massé est un digne successeur de Pierre Maheux tant pour la personnalité discrète et agréable que pour le sens de l’image.

Frédéric Deschênes (aucun lien de parenté), lui, maitrise l’art extrêmement difficile de la captation des spectacles. Tellement précieux quand on couvre un spectacle.

 

Au son, ils se sont succédé : Guy Bouchard, Claude Paris, Jean Lemieux, Martin Thibault et tant d’autres. Merci d’avoir fait la différence dans le haut-parleur des téléspectateurs à la maison.

 

Pour mettre en forme ces images et ce son, ça prend des monteurs. Là encore, j’ai été choyé. Je ne saurais dire depuis combien d’années Maurice Grégoire, Dany Pelletier et Linda Royer travaillent avec moi. Ils sont les artisans du style de mes reportages. Ils connaissent parfaitement ce que j’aime et ce que je souhaite. C’est un privilège de pouvoir compter sur leur dextérité technique et leur sens esthétique.

 

J’ai aussi eu la chance de compter sur des réalisateurs généreux qui ont pris sur eux le stress de respecter les heures de tombée. Merci à Marie Colson, Françoise Gagné, Catherine Varga, Francyne Doyon, France Larocque, Pierre Desmarais, Marie-Christine Jacques, Lucie Payeur, France Désourdy, Robert Larivière.

 

Un merci spécial à Denise Tardif qui a donné le ton en lançant le Module Culture en 1990.

 

Sur le terrain, pour les directs quotidiens, j’ai toujours été en confiance avec le réalisateur Daniel Beauchemin et la dévouée équipe de techniciens de transmission.

 

Il y a eu mes inoubliables douces moitiés professionnelles : Marie-Christine Trottier, Alexandra Diaz, Tanya Lapointe. À deux c’est mieux.

 

Au centre de cette grande équipe, il y a l’adjointe à la réalisation. Un poste névralgique. Guylaine Philie a donné le pli initial et vital. Lucie Trudelle y a gardé le fort longtemps et plus récemment Jean Simard a donné son impulsion à une fonction qui change avec l’arrivée des nouvelles technologies.

 

Merci aussi à cette multitude de collègues qui contribuent, chacun à leur niveau, à ce produit de qualité qu’offre Radio-Canada. Je suis reconnaissant de votre soutien dans mon travail.

 

Si j’étais dans un gala, il y a longtemps que l’orchestre m’aurait signifié que je suis trop long dans mes remerciements. Mais je ne suis pas à un gala.

 

Alors je continue pour dire que toute cette aventure n’aurait pas été possible sans le soutien et la présence dans ma vie de ma blonde et mon fils. Une sorte de roc qui m’a assuré de solides assises.

 

Diane m’a encouragé lors de ma première audition à CKCH en 1975. Hull, Québec, Toronto, Montréal, elle a toujours été là. Pour les bons coups et les petites déprimes.

Elle a subi mes longues heures de travail,  suppléé à mes absences. Elle m’a challengé et raisonné selon les situations. Il n’y a pas meilleure personne qu’elle pour comprendre ce milieu si particulier de l’information électronique.

 

Julien, lui,  a grandi en voyant son père à la télévision à l’heure du souper. Grâce à mon travail, on a connu ensemble l’expérience de la Maison Théâtre, écouté des disques en primeur, découvert des humoristes, vu toutes sortes de films, fréquenté les théâtres. Il a été un partenaire de sorties curieux et enthousiaste dont je ne n’ai de cesse d’apprécier le jugement. Ai-je besoin d’ajouter que mon fils est ma plus grande fierté?

 

Au moment de partir, c’est tout cet ordre des choses que j’ai l’impression de bousculer. Dans l’enthousiasme de la liberté que je gagne, je chercherai de nouveaux repères et tenterai de vous retrouver dans d’autres contextes. S’il y a un avantage aux changements technologiques, c’est que le contact reste possible. J’espère que vous serez au rendez-vous.

 

Je vous dis donc à bientôt, ici ou ailleurs.

 

Permettez-moi, en terminant, de signer pour une dernière fois.

 

Claude Deschênes, Radio-Canada, Montréal.

Mon BYE BYE 2013