Des Canadiens à Versailles

25-05-14

 

L’opéra Persée de Jean-Baptiste Lully a été créé en 1682 au théâtre du Palais-Royal à Paris. Il a été repris au Château de Versailles en 1770 lors de l’inauguration de l’Opéra Royal en 1770. C’est la première fois qu’on le redonne à cet endroit depuis lors et en plus ce sont des Canadiens qui le font …. avec panache.

 

 

 

L’opéra de Lully s’inspire de la mythologie grecque, de cet épisode héroïque où Persée coupe la tête de Méduse pour se mériter la main d’Andromède. Les histoires de dieux grecs sont toujours un peu complexes. J’étais content d’avoir rafraîchi récemment mes notions d’histoire de la Grèce antique avec l’exposition Les Maîtres de l’Olympe au Musée de la civilisation de Québec.

 

Recréer un opéra français aussi rarement joué qu’ambitieux représente un immense défi. L’Opera Atelier de Toronto s’en est acquitté avec sérieux.

 

Il y a d’abord les effectifs requis : une douzaine de chanteurs, un orchestre spécialisé dans la musique ancienne, un chœur, des danseurs. Car Lully est une sorte de précurseur de la comédie musicale. Il a été un des inventeurs de la comédie-ballet.

 

Pour que l’œuvre soit crédible, il faut aussi un soin infini au niveau des costumes, des décors et des éclairages.

 

La distribution de l’Opera Atelier est arrivée à la cour de Versailles fin prête. Le spectacle avait déjà été donné à six occasions au Elgin Theater de Toronto du 26 avril au 3 mai. C’est un projet que la compagnie développe depuis le début des années 2000.

 

Le danger qui guette les maisons d’opéra s’attaquant au répertoire français, c’est toujours l’accent. Les chanteurs dont ce n’est pas la langue massacrent souvent la langue de Molière.

Dans Persée c’est sûr que les chanteurs Mireille Asselin, dans le rôle d’Andromède, et Olivier Laquerre, dans celui de Céphée, ont un atout dont il profite bien pour briller.

 

Mais ce sont la soprano Peggy Kriha Dye et le ténor Lawrence Wiliford qui ont eu la faveur du public samedi. Lui avec une voix puissante et un magnifique timbre. Elle, avec l’art  de faire passer beaucoup d’émotion malgré une partition qui n’a pas le lyrisme de l’opéra italien. Avec Lully, on est en effet plus proche de la déclamation. On a parfois l’impression qu’il y a trop de mots pour le nombre de notes sur la portée.

 

L’accompagnement musical qu’offre le Tafelmusik Baroque Orchestra de Toronto est tout simplement magnifique. Le chef David Fallis, qui a une gestuelle toute en fioritures, dirige son orchestre avec enthousiasme.

 

Cet opéra ne peut pas être donné s’il n’y a pas un chœur pour faire entendre la voix du peuple.

Pour les représentations à Versailles, les chanteurs ont été recrutés localement. Le Chœur Les Cris de Paris, de Geoffroy Jourdain, contribue à élever encore plus cette production de haut niveau.

Pour la danse,  Jeannette Lajeunesse-Zingg a fondé ses chorégraphies sur des danses historiques annotées par les maîtres de danse de l’Académie de Louis XIV. Ces menuets, bourrées et passacailles nous transportent en un autre temps.

 

Le compte ne serait pas complet sans des costumes dignes de Versailles, une lumière rappelant la lueur des bougies et des toiles sur cintres en guise de décor. Là encore l’Opera Atelier a été minutieux. Michael Legouffe, Bonnie Beecher et Gerard Gauci ont fait un travail admirable.

L’accueil du public a été extrêmement chaleureux. Pas d’ovation mais de longues minutes d’applaudissements. Presqu’autant que pour Dolan.

 

Se serait bien de voir cette production un jour à Montréal. Il faudrait trouver un mécène.

Y a-t-il un Roi Soleil dans la salle?

Une soirée à l'Opéra de Versailles

Regardez un document sur l'Opéra Royal de Versailles produit par TV5 Monde.

photo: claude deschenes  24-05-14

La vue qu'on a si on lève les yeux.